À M. Jacques D***
Rimes familières
À M. JACQUES D***
Jeune homme heureux à qui tout sourit dans la vie,Garde bien ton bonheur !Tu n’as jamais connu la haine ni l’envie ;La paix est dans ton cœur.Ta mère n’est plus là : mais ton père est un frèreEt ta femme est un ciel ;La coupe qui souvent n’a qu’une lie amèrePour toi n’a que du miel.
Peut-être voudrais-tu guerroyer dans l’arméeDes conquérants de l’Art,Et qu’un jour t’acclamant, pour toi la RenomméeDéployât l’étendard.Imprudent ! fuis la route où son clairon résonne !Elle mène à l’enfer.Si la déesse au front nous met une couronne,La couronne est de fer.Tu connaîtras, hélas ! si ton char met sa roueDans ce chemin glissant,L’ornière qui se creuse, et le froid sur ta joueDe l’Aquilon puissant !Tu connaîtras les yeux menteurs, l’hypocrisieDes serrements de mains,Le masque d’amitié cachant la jalousie ;Les pâles lendemains
De ces jours de triomphe où le troupeau vulgaireQui pèse au même poidsL’histrion ridicule et le génie austèreVous met sur le pavois !La Gloire est infidèle et c’est une maîtressePlus âpre que la mort.Quand on a le bonheur, à quoi bon cette ivresse ?Crains de tenter le Sort !Je sais qu’on avertit en vain ceux que dévoreLa soif de l’inconnu.Si le soir est trompeur, souviens-toi qu’à l’auroreJe t’avais prévenu.
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