Œuvres de Chapelle — Lettre à ***
LETTRE À ***.
Apprenez, célèbres rimeurs,Que Dangeau, l’honneur de sa raceEt que Phébus sur le ParnasseA toujours comblé de faveurs,Donnant à lui seul et par grâceLes confitures des neuf sœurs ;Ne sait plus à présent que direÀ celle que dom Gargouillau,D’un style si fin et si beau,Du vieux Anet lui vient d’écrire,Et jure que de son cerveauSortiroit bien plutôt satyre,Ode, sonnet, même un bateauPour une nouvelle IsabeauQu’une réponse à ce beau sire.C’est ainsi que ce grand auteur,Qui sur les tournois, et la foireQui tourmentoit tant Monseigneur,Avoit fait des vers dont la gloire
Le devoit un jour dans l’histoireFaire placer avec honneur,Confondu, cède la victoireÀ maître abbé le Babilleur.Ce n’est pas la seule nouvelleDont on parle à la Cour. Je croiQue j’en vais conter une telle,Que de cent lustres, selon moi,Il n’en paroîtra de plus belle.C’est Riflandouille, messeigneurs,Qui, depuis sa plus tendre enfance,Par la noblesse de ses mœursAvoit emporté la balanceSur les plus insignes buveurs ;C’est lui, dis-je, qui pour CythèreDéclare la guerre à Bacchus,S’arrache à son cher Batillus,Et veut qu’au lieu de vin et bière,La fleur d’orange dans son verreEmpêche qu’on ne doute plusDe ses feux et de sa misère.Enfin tout soupire en ces lieux,Moi-même, mais c’est de l’absenceQui pour plus de trois mois, je pense,M’oblige à faire mes adieux
À tout ce que jamais les DieuxOnt fait de plus bouffon en FranceEt pour moi de plus précieux.
Envoi.
Quelque mauvais que soit ceci,J’en prétends gloire ou vitupère,Et c’est bien pis que de le faireQue d’oser s’en vanter ainsi.
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