Villeneuve

L’Ardent voyage

Villeneuve.

La nuit tomba, la nuit sans lune, sans étoiles,Sans aucune clarté,Mais gardant sous les plis tragiques de ses voilesL’ardeur du jour d’été.Même elle avait, je crois, plus de chaleur profondeQue n’en avait le jour.On devinait qu’au cœur des ténèbres du mondeBouillait un sombre amour.

Nous étions arrivés pensifs à Villeneuve :Et le silence obscurÉtait comme bercé par le soupir du fleuveGlissant contre le mur.Je ne pouvais rien voir dans cette chambre agresteOù d’un souffle pieuxVotre bouche éteignit une lampe immodeste :Rien, pas même vos yeux.Nous n’avons prononcé nulle phrase subtile,Nuls serments turbulents :Et, muets, nous étions parmi l’ombre immobileDeux cadavres brûlants.Quels furent nos baisers ? Vous m’aimez. Je vous aimeTout le reste est secret.La nuit ne dira pas, l’ignorant elle-même,Ce que nous avons fait.

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