Peer Gynt — Acte 4

Traducido por Maurice Prozor

Des fusils, des lances !Sauvons-nous ! Mais où ?

Ça sent les potencesEt la corde au cou.

Graine de voleurPour le vol est née.

Fils de receleurSuit sa destinée.

Ton chemin suivras,Toi-même, seras.

Gare à notre tête !Chut ! j’entends des pas !

Cachons-nous là-bas,Et gloire au Prophète !

Gloire, gloire au Prophète,Maître du temps, Seigneur de l’inconnu,Qui vers notre douce retraitePar la mer de sable est venu.Gloire au Prophète, au Seigneur infaillible !Poussé par le Ciel et les vents,Il vient vers notre ombre paisible,Sur la mer des sables mouvants.Flûtes, chantez vos airs de fête,En l’honneur du divin Prophète !

Il vient, monté sur sa cavaleBlanche comme un fleuve de lait.

Baissez votre front dévoilé !Son œil de flamme est doux comme une étoile ;Mais nul mortel ne put jamaisEn supporter les rayons enflammés.Par le désert aride,Il vient et tout s’épanouit,Lorsque sa robe d’or reluit ;Il tourne bride :Le jour s’éteint, et, dans la nuit,Le simoun se lève, torride,Sur le désert aride.De la Kaaba videIl ne reste plus rien,Car c’est à nous qu’il vient.

Flûtes, chantez vos airs de fête,En l’honneur du divin Prophète !

Le Prophète très bon pleure et se désespèreSur les péchés commis par les fils de la terre.Le doux Prophète aux cœurs par le mal engourdisRendra vie et chaleur au sein du Paradis.

Quand je quittai mon temple, un jour,Et m’en allai, l’âme volage,Fermant ma porte à double tour,En quête d’un nouvel amour,Des belles pleuraient sur la plage.

Moi, je m’en fus, la voile au vent,Bravant les flots et la distance,Au pays du sable mouvant,Et du mirage décevant,Et du palmier qui se balance.

Lorsqu’enfin j’eus touché le port,Je brûlai mon vaisseau rapideEt m’élançai plus vite encorSur une bête au libre essorÀ qui j’avais lâché la bride.

Anitra ! je te trouve enfin,Fille au corps souple, au pied agile,Mets exquis, breuvage divin,Plus capiteuse que le vinQui de la palme se distille !

Gentille poulette,Qui me rends heureux,Ton coq amoureuxVeut qu’on le becquette.

Peer Gynt, tête folle,N’est pas un barbon :Regarde ce bond,Cette cabriole !

Tout un automne encor, tout un hiver aussi,Un printemps, un été, je vais t’attendre ici.Tu reviendras enfin quelque jour de l’année,Et je t’aurai gardé la promesse donnée.

Dieu te garde partout sur ton chemin,Dieu dirige tes pas, Dieu bénisse ta main !Si tu reviens ici, j’attendrai sans me plaindre,Si tu m’attends là-haut, je viendrai t’y rejoindre !

De la cendre des dieux sont nés avec le tempsDes oiseaux chantants.Ammon, l’autocrate,Veut que l’on combatte

Pour rechercherLe mystère caché,L’esprit que leur chant récèle,L’erreur est mortelle !

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