Faust (Goethe, trad. Nerval, 1828)

Traducido del alemán por Nerval

Venez, illusions !.... au matin de ma vie,Que j’aimais à fixer votre inconstant essor !Le soir vient, et pourtant c’est une douce envie,C’est une vanité qui me séduit encor.Rapprochez-vous !.... c’est bien ; tout s’anime et se presseAu-dessus des brouillards, dans un monde plus grand,Mon cœur, qui rajeunit, aspire avec ivresseLe souffle de magie autour de vous errant.

De beaux jours écoulés j’aperçois les images,Et mainte ombre chérie a descendu des cieux ;Comme un feu ranimé, perçant la nuit des âges,L’amour et l’amitié me repeuplent ces lieux.Mais le chagrin les suit : en nos tristes demeures,Jamais la joie, hélas ! n’a brillé qu’à demi.....Il vient nommer tous ceux qui, dans d’aimables heures,Ont, par la mort frappés, quitté leur tendre ami.

Cette voix qu’ils aimaient résonne plus touchante,Mais elle ne peut plus pénétrer jusqu’aux morts ;J’ai perdu d’amitié l’oreille bienveillante,Et mon premier orgueil, et mes premiers accords !Mes chants ont beau parler à la foule inconnue,Ses applaudissemens ne me sont qu’un vain bruit,Et sur moi, si la joie est parfois descendue,Elle semblait errer sur un monde détruit.

Un désir oublié, qui pourtant veut renaître,Vient dans sa longue paix secouer mon esprit ;Mais, inarticulés, mes nouveaux chants peut-êtreNe sont que ceux d’un luth où la bise frémit.Ah ! je sens un frisson : par de nouvelles larmes,Le trouble de mon cœur soudain s’est adouci ;De mes jours d’autrefois renaissent tous les charmes,Et ce qui disparut pour moi revit ici.

Ô vous, dont le secours me fut souvent utile,Donnez-moi vos conseils pour un cas difficile :De ma vaste entreprise, amis, que pensez-vous ?Je veux qu’ici le peuple abonde autour de nous,Et de le satisfaire il faut que l’on se pique,Car de notre existence il est la source unique.Mais, grâce à Dieu, ce jour a comblé notre espoir,Et le voici là-bas, rassemblé pour nous voir,Qui prépare à nos vœux un triomphe facile,Et garnit tous les bancs de sa masse immobile.Tant d’avides regards fixés sur le rideauOnt, pour notre début, compté sur du nouveau ;Leur en trouver est donc ma seule inquiétude :Je sais que du sublime ils n’ont point l’habitude ;Mais, ayant lu beaucoup, il faut absolument,Au neuf qui leur est dû, joindre quelque agrément.Car, mon spectacle, à moi, c’est d’observer la foule,

Quand, le long des poteaux, elle se presse et roule,Qu’avec cris et tumulte elle vient au grand jour,De nos bureaux étroits assiéger le pourtour,Et que notre caissier, tout fier de sa recette,A l’air d’un boulanger, dans un jour de disette.....Mais qui peut opérer un miracle si doux ?Un poète, mon cher,..... et je l’attends de vous.

Ne me retracez point cette foule insensée,Dont l’aspect m’épouvante, et glace ma pensée,Ce tourbillon vulgaire, et rongé par l’ennui,Qui, dans son monde oisif, nous entraîne avec lui ;Tous ses honneurs n’ont rien qui puisse me séduire :C’est loin de son séjour qu’il faudrait me conduire,En des lieux où le ciel m’offre ses champs d’azur,Où, pour mon cœur charmé, fleurisse un bonheur pur,Où l’amour, l’amitié, par un souffle céleste,De mes illusions raniment quelque reste.....Ah ! c’est là qu’à ce cœur prompt à se consolerQuelque chose de grand pourrait se révéler,Car, les chants avortés à la bouche trop brûlanteArrache quelquefois à la bouche tremblante,Tantôt frappés de mort et tantôt couronnés,Au gouffre de l’oubli sont toujours destinés :Des accords moins brillans, fruits d’une longue veille,De la postérité charmeraient mieux l’oreille ;Ce qui s’accroît trop vite est bien près de périr,Mais un laurier tardif grandit dans l’avenir.

Oh ! la postérité !.... que cette idée est belle !....Eh quoi ! si je voulais me réserver pour elle,Qui saurait comme moi, par d’innocens plaisirs,De nos contemporains amuser les loisirs ?Et pourtant, dans ces lieux quand l’ennui les rassemble,Ma présence, pour eux, est beaucoup, ce me semble ;De leurs arrêts d’ailleurs qu’aurais-je à redouter ?Pour le cercle est nombreux, mieux il sait écouter.Pour vous, qui méritez de plus grands avantages,À votre siècle aussi vous devez vos ouvrages ;Il peut seul vous offrir un laurier assez beau,Celui de l’avenir n’ornerait qu’un tombeau.Allons ! en votre cœur, qui trop long-tems sommeille,Que l’inspiration s’agite et se réveille,L’esprit, le sentiment, mettez-nous tout en jeu,Et la folie aussi, car il en faut un peu.

Surtout, de nos décors déployez la richesse,Qu’un tableau varié dans le cadre se presse,Offrez un univers aux spectateurs surpris.....Pourquoi vient-on ? pour voir : on veut voir à tout prix.Sachez donc par l’effet, conquérir leur estime,Et vous serez pour eux un poète sublime.Sur la masse, mon cher, la masse doit agir ;D’après son goût, chacun voulant toujours choisir,Trouve ce qu’il lui faut où la matière abonde,Et qui donne beaucoup donne pour tout le monde.

Que votre ouvrage aussi se divise aisément,Cette méthode neuve offre de l’agrément ;D’un tout bien arrondi prises peu le mérite,Le public malgré vous l’éplucherait bien vite.

Quel que soit du public la menace ou l’accueil,Un semblable métier répugne à mon orgueil ;De nos auteurs du jour l’ennuyeux barbouillage,À ce que je puis voir, obtient votre suffrage.

Je ne repousse pas de pareils argumens :Qui veut bien travailler se munit d’instrumens.Pour vous, examinez ce qui vous reste à faire,Et voyez quels sont ceux à qui vous voulez plaire.Tout maussade d’ennui, chez nous l’un vient d’entrer,L’autre sort d’un festin qu’il lui faut digérer,Plusieurs, et le dégoût chez eux est encor pire,Amateurs de journaux achèvent de les lire :Ainsi qu’au bal masqué, l’on entre avec fracas,La curiosité de tous hâte les pas ;Les hommes viennent voir ; les femmes, au contraire,D’un spectacle gratis régalent le parterre.Qu’allez-vous cependant rêver sur l’Hélicon ?.....Pour plaire à ces gens-là faut-il tant de façon ?Osez fixer les yeux sur ces juges terribles !.....Les uns sont hébétés, les autres insensibles ;En sortant, l’un, au jeu, compte passer la nuit ;Un autre, chez une fille, ira coucher sans bruit.

Maintenant, pauvre fou, si cela vous amuse,Prostituez-leur donc l’honneur de votre muse.....Non !..... mais je le répète, et croyez mes discours,Donnez-leur du nouveau, donnez-leur-en toujours ;Agitez ces esprits qu’on ne peut satisfaire.....Mais, qu’est-ce qui vous prend ? est-ce extase… colère ?…

Va ! cherche un autre esclave, ou garde tes avis :J’aurais trop à rougir de les avoir suivis.Faut-il donc, à ton sens, faut-il que le poète,Dont Dieu même, ici-bas, se fit un interprète,Aille, déshonorant ce titre précieux,Répudier les dons qu’il a reçus des cieux ?.....Comment les cœurs à lui viennent-ils se soumettre ?Comment, des éléments, dispose-t-il en maître ?N’est-ce point par l’accord, dont le charme vainqueurReconstruit l’univers dans le fond de son cœur ?Tandis que la nature à ses fuseaux démèleTous les fils animés de sa trame éternelle,Quand tant d’êtres divers, en tumulte pressés,Achèvent tristement les siècles commencés ;Qui sait, de leur matière exprimant le génie,L’échauffer, l’animer, l’entourer d’harmonie ?Dans l’ordre universel, qui sait faire rentrerLes mortels qu’un instant l’erreur put égarer ?Qui sait, par des accens plus tendres et plus sages,Des passions en eux apaiser les orages,Et dans des cœurs flétris par les coups du destin,

D’un jour moins agité ramener le matin ?Qui, le long du sentier, foulé par une amante,Sème, du doux printemps, la parure éclatante ?Qui sait, ennoblissant d’inutiles rameaux,En faire un digne prix à d’utiles travaux,Ou bien offrir aux arts la gloire imméritée ?.....La puissance de l’homme en nous manifestée !

Des forces de l’esprit elle se sert toujours,Et ses créations ressemblent aux amours :On se voit par hasard, on se plaît, on s’enflamme,Et bientôt on n’est plus maître de son âme.....Puis, sitôt qu’au bonheur on se sent entraîné,Le chagrin vient : voilà le roman terminé !Tenez !..... c’est justement ce qu’il faut mettre en scène ;Lancez-vous au milieu de l’existence humaine :Tout y prend part, mais nul ne la connaît assez,Et c’est en la peignant que vous intéressez.Mettez un peu de clarté parmi beaucoup d’images,D’un seul rayon de vrai colorez vos nuages ;Alors, vous êtes sûr d’avoir tout surmonté ;Alors, votre auditoire est ému, transporté ;Vous voyez chaque soir la fleur de la jeunesseApplaudir votre ouvrage et s’y mirer sans cesse.Alors, tous de leurs cœurs vont y nourrir les feux,Car vous représentez ce qu’ils sentent en eux.Là, vous les trouvez prêts à pleurer comme à rire,Et l’applaudissement tient presque du délire,

À l’homme fait ceci ne pourrait convenir,Mais comptez sur celui qui veut le devenir.

Eh bien ! rends-moi ces tems de mon adolescence,Où je n’étais moi-même encor qu’en espérance ;Cet âge si fécond en chants mélodieux,Tant qu’un monde pervers n’effraya point mes yeux ;Tant que, loin des honneurs, mon cœur ne fut avideQue des fleurs, doux trésors d’une vallée humide :Un songe, un peu d’espoir, alors m’enrichissait,Je ne possédais rien, mais rien me suffisait.Rends-moi donc ces désirs, qui fatiguaient ma vie,Ces chagrins déchirans, mais qu’à présent j’envie,Ma jeunesse !.... En un mot, sache en moi ranimerLa force de haïr, et le pouvoir d’aimer.

Cette jeunesse ardente, à ton âme si chère,Pourrait, dans un combat, t’être fort nécessaire,Ou bien, si la beauté t’accordait un souris,Si de la course encor tu disputais le prix,Ou d’une heureuse nuit si tu cherchais l’ivresse.....Mais toucher une lyre avec force et souplesse,Au but qu’on te désigne arriver en chantant,Vieillard, c’est là de toi tout ce que l’on attend.

Allons ! des actions !.... les mots sont inutiles ;Gardez pour d’autres tems, vos compliments futiles :

Quand vous ne faites rien, à quoi bon, s’il vous plaît,Nous dire seulement ce qui doit être fait ?Usez donc de votre art, si vous êtes poète ;La foule veut du neuf, qu’elle soit satisfaite !À contenter ses goûts il faut nous attacher ;Qui tient l’occasion ne doit point la lâcher.Mais, à notre public tout en cherchant à plaire,C’est en osant beaucoup qu’il faut le satisfaire ;Ainsi, ne m’épargnez machines, ni décors,À tous mes magasins ravissez leurs trésors,Semez à pleines mains la lune, les étoiles,Les arbres, l’Océan, et les rochers de toiles ;Peuplez-moi tout cela de bêtes et d’oiseaux,De la création déroulez les tableaux,Et passez, au travers de la nature entière,Et de l’enfer au ciel, et du ciel à la terre.

Le soleil répand sa lumièreEn chantant le Dieu qu’il chérit ;Rapide comme le tonnerre,Sa vaste course s’arrondit :Ô Dieu ! tes regards adorablesSoutiennent tout de leur amour ;Et tes œuvres inexplicablesSont belles comme au premier jour.

Dans son cours incompréhensible,La terre, roulant à l’entour,Voit le jour fuir la nuit paisible,Et la nuit fuir l’éclat du jour ;Contre des rocs, les mers profondesÉlèvent leurs flots irrités.....

Mais, dans l’éternel cours des mondes,Mers et rochers sont emportés.

Souvent s’élance la tempête,Des flots aux rocs, des rocs aux flots ;Alors, la terre, sa conquête,S’entoure d’un vaste chaos.La foudre, qui brûle les villes,Part en grondant du ciel obscur.....Mais ici, tes élus tranquilles,Seigneur, adorent ton jour pur.

Ô Dieu ! tes regards adorablesSoutiennent tout de leur amour ;Et tes œuvres inexplicablesSont belles comme au premier jour.

Seigneur, puisque tu me demandesComment tout se passe chez nous,Et que tu me vois sans courrouxPénétrer quelquefois dans les célestes bandes,Je viens t’entretenir, et parler de mon mieux.Pourtant, ne me fais pas un crimeDe ce que mon langage est un peu moins sublimeQue celui de tous ces messieurs :

Dire tous ces grands mots, autant vaut ne rien dire ;Quand ma voix les prononcerait,Je serais sûr de bien te faire rire,Si pourtant ta grandeur ici se le permet.Sur les mondes roulans, le soleil, et la terre,Ainsi je ne te dirai rien ;Mais tu sauras que, dans cette dernière,Les hommes se tourmentent bien.Le petit dieu du monde est toujours aussi drôleQu’au jour de la création,Tant bien que mal jouant-son rôle ;Mais, du flambeau divin, qu’il appelle raison,Ne faisant bien souvent usage,Que pour ajouter à ses maux,Et pour ravaler ton imageAu rang des plus vils animaux.Pour moi, je comparerais l’homme(Sauf le respect que je te dois),Aux insectes pattus, que cigales il nomme ;De prés en prés, de bois en bois,Dansant toujours la même danse,Et chantant la même romance :Ah ! qu’il ressemble bien à ces animaux-là !Hors du chez soi, sans cesse il faut qu’il coure,…Et s’il ne faisait que cela…Mais non, pas un fumier où son nez ne se fourre.

N’en as tu pas à dire plus ?Ne viendras-tu jamais ici que pour médire,Et sur la terre, enfin, n’est-il que des abus ?

Oui, Seigneur Dieu ; là-bas, tout va de mal en pire,Et tes créatures, ma foi,Sont aujourd’hui si misérables,Que c’est bien conscience à moiDe tourmenter de pauvres diables.

Il vous sert en effet d’une étrange façon ;Rien ne se sent chez lui des choses de la terre,Ni ses actes, ni ses discours ;Et son esprit plane toujoursDans un espace imaginaire.

Il prétend de la terre avoir tous les plaisirs,Du ciel, les plus belles étoiles ;Il veut de la nature arracher tous les voiles,Mais rien ne peut là-bas contenter ses désirs.

Si, troublé comme il l’est, il me reste fidèle,Je pourrai lui donner le bonheur qu’il appelle :Dans l’arbrisseau qui commence à verdir,Un jardinier, prudent et sage,Voit les fleurs, les fruits, le feuillage,Comme récompense à venir.

Gageons que des élus encor je le retranche,Puisque vous y comptez si bien ;Mais, sur le tems et le moyen,Il faut me donner carte blanche.

Oui, je veux bien te le livrerAussi long-tems qu’il aura vie,Car tout voyageur peut errer.

Monseigneur, je vous remercie.Je n’aime point d’ailleurs avoir affaire aux morts ;Pour eux toujours je suis dehors :

La chair fraîche est ma seule envie ;Je suis comme le chat.

Je suis comme le chat. C’est bien, tu peux agir ;Entraîne-le dans ta chatière,Écarte cet esprit de sa source première :Mais si tu perds, tu devras bien rougir,En voyant qu’un mortel, parmi la foule obscure,Peut discerner le droit chemin.

Je ne crains rien pour ma gageure ;Mais, si je le séduis enfin,Ma victoire doit être entière,Et l’homme en question mangera la poussière,Comme le serpent mon cousin.

Va, mon fils, et remplis ta tâche.C’est, de tous les démons, toi que je hais le moins,L’activité de l’homme est sujette au relâche,Et pour l’aiguillonner j’ai besoin de tes soins.Pour vous, enfans du ciel, que ma gloire rassemble,Allez, dans son éclat, vous réjouir ensemble ;Dieu, qui vous a créés, toujours vous aimera :Célébrez donc dans vos pensées

Tant de merveilles entasséesDont sa bonté vous entoura.

Le vieux Père Eternel est vraiment fort aimable,Et me reçoit avec douceur ;Il est rare qu’un grand seigneurTraite si bien un pauvre diable.

En ces lieux quelle voix m’appelle ?

Tu m’as évoqué puissammentDu sein de ma sphère éternelle ;Quoi donc ?

Eh bien ! en ce moment,Qu’à tes vœux je puis condescendre,Crains-tu de me voir, de m’entendre ?.....

Faust, que me veux-tu ?..... Me voici. —Ô surhumaine créature,Réponds, pourquoi trembler ainsi ?Qu’as-tu fait de ce cœur de flamme,Qui créait un monde nouveau ?Qu’as-tu fait encor de cette ame,Qui l’éclairait d’un jour si beau ? —Si cette ame sublime et fière,Se flatta de nous ressembler,Homme-dieu, pourquoi donc tremblerDevant ton égal et ton frère ? —Ou me trompais-je ?..... Réponds-moi :Est-ce là la voix qui m’appelle ?.....L’ame qui m’attire vers elle ?....Célèbre Faust, est-ce bien toi ? —Hélas ! un souffle de magieTe rejette dans le néant ;Et ce que je crus un génieN’est qu’un ver timide et rampant !

Dans les vagues de l’existence,

Mon orageuse activitéVient, ou fuit, vers les cieux s’élance,Ou replonge avec volupté.Naissance, mort, voilà ma sphère ;Je suis l’éternel mouvement,Je suis cette trame légère,Et qui varie à tout moment,Divin manteau, voilant sans cesseLa majesté de notre roi.....

L’Esprit que conçoit ta faiblesse.....Mais tu n’es point égal à moi !

Christ vient de ressusciter ;Joie à la race mortelle !Il veut en elle effacerLa faute originelle.

Oints d’une huile sainte,Ses membres chéris,

Dans la funèbre enceinte,Furent ensevelis :Là, des vierges fidèlesLes ont ceint d’un linceul béni ;Mais, ô Dieu ? quel tourment pour elles !…Le Christ, hélas ! le Christ n’est plus ici !

Christ est ressuscité,Gloire à l’ame fidèle ,À l’ame dont le zèle ;Répond avec humilitéÀ l’injure la plus cruelle !

Quittant du tombeauLe séjour funeste,Au parvis célesteIl monte plus beau :

Vers les gloires éternelles,Tandis qu’il s’élance à grands pas,Ses disciples fidèlesLanguissent ici-bas :Hélas ! c’est ici qu’il nous laisseSous les traits brûlans du malheur :Ô divin maître ! ton bonheurEst cause de notre tristesse.

Christ vient de ressusciter ;Ô vous que sa voix appelle,Des disciples troupe fidèle,C’est vers lui qu’il faut monter :Vous, que sa parole touche,Vous, qu’inspire son amour,Vous, prophètes, dont la boucheLe célèbre nuit et jour…..Montez, troupe fidèle,Au céleste séjourOù sa voix vous appelle !

Mes bons messieurs, mes belles dames,Beaux de jeunesse et de fraîcheur,Arrêtez-vous, et que vos amesCompatissent à mon malheur.À de bons cœurs comme les vôtres,Bien faire cause un doux émoi,Qu’un jour de fête pour tant d’autres,Soit un jour de moisson pour moi !

Villes entouréesDe murs et remparts ;Fillettes sucrées,Aux malins regards ;Victoire certaine,Près de vous m’attend,si grande est la peine,Le prix est plus grand.

Au son des trompettes,Les braves soldats,S’élancent aux fêtes,On bien aux combats :Fillettes et villes,Font les difficiles.....Bientôt tout se rend :Si grande est la peine,Le prix est plus grand,Victoire certainePartout nous attend.

Les bergers, quittant leurs troupeaux,Pour la fête se rendent beaux :Rubans et fleurs sous leur parure ;Sous le tilleul les voilà tousDansant, sautant comme des fous,Ha ! ha ! ha !Landerira !Suivez donc la mesure !

La danse en cercle se pressait,Quand un berger qui s’élançait,Heurte du bras une fillette ;Elle se retourne aussitôt,Disant : « Ce garçon est bien sot ! »Ha ! ha ! ha !Landerira !Soyez moins malhonnête !

Ils passaient tous comme l’éclair,Et les robes volaient en l’air ;Mais bientôt on fut moins agile.....

Le rouge leur montait au front,Et l’un sur l’autre, dans le rond,Ha ! ha ! ha !Landerira !Tous tombaient à la file.

— Ne me touchez donc pas Ainsi !— Paix ! ma femme n’est point ici,Profitons de la circonstance ! —Dehors il l’emmène soudain.....Et tout pourtant allait son train,Ha ! ha ! ha !Landerira !La musique et la danse.

Par un puissant sortilège,Ici l’un de nous est prisComme un vieux renard au piège :Restez-là, restez, esprits ! —Mais faisons un peu silence ;Balançons-nous, balançonsNos ailes d’or en cadence,Et nous le délivrerons !Il est là ! C’est notre frère,Volons à son secours !Car il employa toujoursTous ses efforts à nous plaire.

Que la Salamandre s’enflamme !Que l’Ondin se replie !Que le Sylphe s’évanouisse !Que le Lutin travaille !

Vole en flammes, Salamandre !Coulez ensemble en murmurant, Ondins !Brille en éclatant météore, Sylphe !Apporte-moi tes secours domestiques,Incubus ! incubus !Viens ici, et ferme la marche !

Disparaissez bien viteArceaux noirs et poudreux,Et que l’azur des cieuxUn instant vous visite !

Des nuages épaisPercez, percez les voiles,Scintillantes étoiles,Par vos tendres reflets.Ah ! déjà ces murs sombresOnt semblé s’agiter,Et vers les cieux monterComme de vaines ombres.De sites, de passans,La campagne se couvre,Et notre œil y découvreDes fleurs, des bois, des champs,Et d’épaisses feuilléesOù les tendres amansPromènent leurs pensées.

Mais plus loin sont couvertsLes longs rameaux des treilles,De bourgeons, pampres verts,Et de grappes vermeilles ;Sous de vastes pressoirsElles roulent ensuite,Et le vin à flots noirs,Bientôt s’en précipite.Le lac étend ses flotsÀ l’entour des montagnes,

Dans les vastes campagnes,Il serpente en ruisseaux.Partout, l’oiseau timide,Cherchant l’ombre et le frais,S’enfuit d’un vol rapideAu milieu des marais,Vers la retraite obscureDe ces nombreux îlots,Dont la tendre verdureS’agite sur les flots.Là, de chants d’allégresseLa rive retentit ;D’autres chœurs, là, sans cesse,La danse nous ravit :Les uns gaîment s’avancentAutour des coteaux verts,De plus hardis s’élancentAu sein des flots amers :Tous, pour goûter la vie,Tous cherchent dans les cieuxUne étoile chérie,Qui s’alluma pour eux.

Malheur ! malheur !Ta voix héroïque,Du monde magiqueA détruit l’erreur !Que sa chute au loin résonne !.....Ici son règne finit :C’est le puissant Faust qui l’ordonne,C’est un Dieu qui l’anéantit !Tous les débris de sa gloire abattue,Dans le chaos nous les précipitons,Et nous pleuronsSur sa beauté perdue !Que ta puissante main,Noble fils de la terre,L’arrache à sa poussière.....Qu’il soit reconstruit dans ton sein !Alors d’une nouvelle vie,Ton ame entreprendra le cours.Et nos chants, que le ciel envie,Sauront embellir les jours.

Le très-saint empire de Rome,Comment est-il encor debout ?….

Lève-toi vite, et va, beau rossignol,Dix mille fois saluer ma maîtresse.

Tire tes verroux, il est nuit,À la porte ton amant veille ;Ouvre-lui, qu’il entre sans bruit,Pendant que ta mère sommeille.

Certain rat, dans une cuisine,Avait pris place ; et le fraterS’y traita si bien, que sa mineEût fait envie au gros Luther.Mais un beau jour, le pauvre diable,Empoisonné, sauta dehors,Aussi triste, aussi misérable ;Que s’il eût eu l’amour au corps.

Que s’il eût eu l’amour au corps !

Il courait devant et derrière ;Il grattait, renifflait, mordait,Parcourait la maison entière,La rage à ses maux ajoutait.....Au point qu’à l’aspect du délireQui consumait ses vains efforts,Les mauvais plaisans pouvaient dire :Ce rat a bien l’amour au corps !

Ce rat a bien l’amour au corps !

Dans le fourneau, le pauvre sireCrut enfin se cacher très-bien,Mais il se trompait, et le pire,C’est qu’il y créva comme un chien.La servante, méchante fille,De son malheur rit bien alors :« Ah ! disait-elle, comme il grille !.....Il a vraiment l’amour au corps ! »

Il a vraiment l’amour au corps !

Une puce gentille,Chez un prince logeait.....

Une puce gentilleChez un prince logeait,Comme sa propre fille,Le brave homme l’aimait,Et (l’histoire l’assure),À son tailleur, un jour,Lui fit prendre mesure,Pour un habit de cour.

L’animal, plein de joie,Dès qu’il se vit paré

D’or, de velours, de soie,Et de croix décoré,Fit venir de provinceSes frères et ses sœurs,Qui, par ordre du prince,Devinrent de grands seigneurs.

Mais ce qui fut bien pire,C’est que les gens de cour,Sans en oser rien dire,Se grattaient tout le jour…..Cruelle politique !Ah ! plaignons leur destin,Et, dès qu’une nous pique,Écrasons-la soudain !

Et, dès qu’une nous pique,Écrasons-la soudain !

Si des cornes bien élancéesCroissent au front du bouquetin ;Si le cep produit du raisin,Tables en bois, de trous percées,Peuvent aussi donner du vin.C’est un miracle, je vous jure :Mais, messieurs, comme vous savez,Rien d’impossible à la nature ! —Débouchez les trous, et buvez !

Nous buvons, buvons, buvons,Comme cinq cents cochons !

Tableaux et paroles magiques,Par vos puissans enchantemens,Troublez leurs esprits et leurs sens !

Maintenant, partons : c’est assez !Sources de vin, riche vendange,Illusions, disparaissez !…..C’est ainsi qu’un diable se venge.

Je n’aperçois pas, mes amis,La bonne femme !

Par le tuyau de la cheminée,Dîner sans doute hors du logis.

Mais, sa course, d’ordinaire,Quel tems prend-elle ?….. vous riez ?

Le tems que nous prenons à faire…..À faire ici chauffer nos pieds.

Au moins, dites-moi, malhonnêtes,Qu’est-ce que vous brassez ainsi ?

Nous cuisons la soupe des bêtes.

Vous avez bien du monde ici !

Ô jouons tous deux,Et fais ma fortune ;Un peu de pécune,Me rendrait heureux.

Ô jouons, de grâce !Je ne suis rien,Car je n’ai rien ;Mais si j’avais du bien,J’obtiendrais une belle place.

Voici le monde :La boule rondeIci monte et descend ;Vive et gentille,Comme un verre elle brille,Mais comme lui se fend.Cher enfant, fuis loin d’elle,Car, quoiqu’elle étincelle,Ses tranchants éclatsDonnent le trépas.

À quoi sert ce crible ?

Il rend l’ame aux yeux visible :Ne serais-tu pas un coquin ?On pourra t’y reconnaître.

Regarde par ce trou-là,Ma chère, tu pourras peut-êtreNommer le coquin que voilà.

Et qu’est-ce donc que cette coupe ?

Il ne connaît pas le pot,Le pot à faire la soupe…..Vit-on jamais pareil sot ?

Animaux malhonnêtes !

Dans ce fauteuil mets-toi soudain,Et prends cet éventail en main,Tu seras le roi des bêtes.

Daigne la prendre, mon maître,En voici tout les éclats,Avec du sang tu pourrasLa raccommoder peut-être.

C’est fort bien : recommençons !Car nous parlons, nous voyons,Nous écoutons et rimons.

Si cela nous réussit,Ma foi gloire à notre esprit !

Au ! au ! au ! au !Chien de pourceau !

Tu répands la soupe,Et tu rôtis ma peau !Oh ! la maudite troupe !

Que vois-je ici ?Qui peut entrer ainsiDans mon laboratoire ?À moi, mon vieux grimoire !À vous le feu !Vos os vont voir beau jeu !

En deux ! en deuxUstensiles de sorcières,Vieux flacons, vieux pots, vieux verres !…..En deux ! en deux !Toi, tu m’as l’air bien hardie ;Attends, un bâtonVa régler le tonDe ta mélodie.

J’en perds l’esprit, je croi ;Monsieur Satan chez moi !

Ami, crois à mon système :Avec un, dix tu feras ;Avec deux et trois de même,Ainsi tu t’enrichiras.Passe le quatrièmeLe cinquième et le sixième,La sorcière l’a dit :Le septième et huitièmeSeront traités de même….C’est là que finitL’œuvre de la Sorcière :Si neuf est un,Dix n’est aucun,Voilà tout le mystère !

La science la plus profondeN’est donnée à personne au monde ;

Mais sans aucuns soins,La connaissance universelle,Le plus souvent se révèleÀ ceux qui la cherchent le moins.

Autrefois un roi de Thulé,Qui jusqu’au tombeau fut fidèle,Reçut à la mort de sa belle,Une coupe d’or ciselé.

Comme elle ne le quittait guère,Dans les festins les plus joyeux,Toujours une larme légère,À sa vue humectait ses yeux.

Ce prince, à la fin de sa vie,Lègue tout, ses villes, son or,Excepté la coupe chérie,Qu’à la main il conserve encor.

Il fait à sa table royale,Asseoir ses barons et ses pairs,

Au milieu de l’antique salleD’un château que baignaient les mers.

Le buveur se lève et s’avanceAuprès d’un vieux balcon doré ;Il boit, et soudain sa main lanceDans les flots, le vase sacré.

Il tombe, tourne, l’eau bouillonne,Puis se calme bientôt après ;Le vieillard pâlit et frissonne……Il ne boira plus désormais.

Une amoureuse flammeConsume mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon ameA donc fui pour toujours !

Son départ, son absence,Sont pour moi le cercueil ;Et loin de sa présenceTout me paraît en deuil.

Alors, ma pauvre têteSe dérange bientôt ;Mon faible esprit s’arrête,Puis se glace aussitôt.

Une amoureuse flammeConsume mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon ameA donc fui pour toujours !

Je suis à ma fenêtre,Ou dehors, tout le jour,C’est pour le voir paraître,Ou hâter son retour.

Sa marche que j’admire,Son port si gracieux,Sa bouche au doux sourire,Le charme de ses yeux ;

La voix enchanteresseDont il sait m’embraser,De sa main la caresse,Hélas ! et son baiser…..

D’une amoureuse flammeConsument mes beaux jours ;Ah ! la paix de mon ameA donc fui pour toujours !

Mon cœur bat et se presse,Dès qu’il le sent venir ;

Au gré de ma tendressePuis-je le retenir ?

Ô caresses de flamme !Que je voudrais un jourVoir s’exhaler mon ameDans ses baisers d’amour !

Incline, ô mère de douleur,Vers moi ton gracieux visage :Le glaive dans le cœur,Tu regardes ton fils qui meurt avec courage.À son père céleste adressant un soupir,Tu lui demandes de finirUn supplice cruel que ta douleur partage.Qui souffrira,Qui sentiraLe noir chagrin qui me déchire ?…Le doute de mon cœur, comme son désespoir,Ce qu’il craint et ce qu’il désire,Toi seule, hélas ! peux le savoir.En quelque lieu que je puisse être,Dans mon cœur je sens naître

Une affreuse douleur :Si je suis seule une heure,Je pleure, pleure, pleure,Et je sens se briser mon cœur.

Les deux vases de ma fenêtre,Je les arrosai de mes pleurs,Et puis, voyant le jour renaître,Je t’apportai ces fleurs.

Du matin la lueur brillantePerçait à peine au sein des nuits,Lorsque sortant de ma couche brûlante,Je vins te confier mon trouble et mes ennuis.Le sort cruel me décourage ;Ah ! prends pitié de mon malheur :Incline, ô mère de douleur,Vers moi ton gracieux visage !

Devant la maisonDe celui qui t’adore,Petite Louison,Que fais-tu dès l’aurore ?Au signal du plaisir ;Dans la chambre du drille,Tu Peux bien entrer fille,Mais non fille en sortir.

Il te tend les bras,Vers lui cours bien vite ;Bonne nuit, hélas !Bonne nuit, ma petite :Près du moment fatal,Fais grande résistance,S’il ne t’offre d’avanceUn anneau conjugal.

Dies iræ, dies illa,Solvet sœclum in favillâ.

Judex ergo cùm sedebit,Quidquid latet apparebit,Nil inultum remanebit.

Quid sum miser tune dicturus,Quem patronum rogaturus ?Cum vix justus sit securus.

Quid sum miser tunc dicturus ?

Sur le pays des chimèresNotre vol s’est arrêté,Fais-nous avec sûretéVoyager dans ces bruyères,Ces rocs, ce champ dévasté.

Vois ces arbres qui se pressent,Se froisser rapidement ;Vois ces rochers qui s’abaissent,Trembler sur leur fondement.Entends-tu comme le ventParmi ces pics souffle et crie ?

Dans ces rocs, avec furie,Se heurtent fleuve et ruisseau ;J’entends là le bruit de l’eau,Si cher à la rêverie ;Et du ciel les tendres chantsQu’on espère, qu’on adore,Et l’écho qui gronde encore,Comme les voix des vieux tems.

Ou hou ! chouchou ! retentissentLes chats-huans, les geais unissent

L’accord plaintif de leurs voix :Mais sont-ils seuls dans ces bois ?Non ; grands os, longues échines,Salamandres flamboyans,Et tortueuses racines,Parmi ces rocs, les ruines,Glissent comme des serpens.Ces nœuds de bois qui s’enlacent,Comme un polype aux cent bras,Partout arrêtent mes pas.

Des souris courent et passent,Ayant soin de se cacher,Dans la mousse du rocher.Là, des mouches fugitivesNous précèdent par milliers,Et d’étincelles si vivesIlluminent les sentiers.

Mais quels menaçans passagesDis-moi donc si nous restons,Ou bien si nous avançons :Là, de perfides branchages,Égratignent nos visages,Là, ce follet incertainNous détourne du chemin.

Gravissons le Brocken ensemble,Le chaume est jaune et le grain vert,Et c’est là-haut, dans le désert,Que toute la troupe s’assemble :Là, monseigneur Urian s’asseoit,Tout le monde approche et le voit.

La vieille Baubo vient derrière ;Place au cochon, place à la mère !

Honneur sans doute à tout ancien,Passez Baubo, et passez bien…..D’abord le cochon, puis la mère,Et puis la maison toute entière.

La route est longue, et les passansSont très-nombreux et très-bruyans ;Maint balai se brise ou s’arrête,L’enfant crie, et la mère pète.

Messieurs, nous montons mal vraiment,Les femmes sont toujours devant ;Quand le Diable les met en danse,Elles ont mille pas d’avance.

Voilà parler comme il convient ;Pour aller au palais du maître,

Il leur faut mille pas peut-être,Quand d’un seul bond l’homme y parvient.

Le vent se calme, plus d’étoiles,La lune se couvre de voiles,Mais le chœur voltige avec bruit,Et de mille feux il reluit.

Le balai, le bouc et la fourcheSont là : que chacun les enfourche !Aujourd’hui qui n’est point montéEst perdu pour l’éternité.

De bien travailler je m’honore,Et pourtant je reste en mon coin ;que les autres sont déjà loin,Quand si bas je me traîne encore !

Une auge est un vaisseau fort bon ;On y met pour voile un torchon,Car si l’on ne vogue à cette heure,Sans voguer il faudra qu’on meure.

Au sommet nous touchons bientôt,Que chacun donc se jette à terre,Et que de là l’armée entièrePartout se répande aussitôt.

Aux nations bien fou qui se fiera !Car c’est en vain qu’on travaille pour elles,Auprès du peuple, ainsi qu’auprès des belles,Jeunesse toujours prévaudra.

L’avis des vieux me semble salutaire,Du droit chemin tout s’éloigne à présent,Au tems heureux que nous régnions, vraimentC’était l’âge d’or de la terre.

Nous n’étions pas sots non plus, Dieu merci,Et nous menions assez bien notre affaire ;Mais le métier va mal, en ce tems-ciQue tout le monde veut le faire.

Qui peut juger maintenant des écritsAssez épais, mais remplis de sagesse ?Nul ici-bas. — Ah ! jamais la jeunesseNe fut plus sotte en ses avis.

Tout va périr ; et moi, je m’achemineVers le Bloksberg pour la dernière fois ;Déjà mon vase est troublé. Je le vois,Le monde touche à sa ruine.

Hier, un aimable mensongeMe fit voir un jeune arbre en songe,Deux beaux fruits y semblaient briller ;J’y montai : c’était un pommier.

Les deux pommes de votre rêveSont celles de notre mère Ève ;Mais vous voyez que le destinLes mit aussi dans mon jardin.

Hier, un dégoûtant mensongeMe fit voir un vieux arbre en songe.. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Salut ! qu’il soit le bien venu,Le chevalier au pied cornu !. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Aujourd’hui nous nous reposons,Fils de Mieding, de notre peine :Vieille montagne et frais vallonsFormeront le lieu de la scène.

Les noces d’or communémentSe font après cinquante années,Mais les brouilles sont terminées,Et l’or me plaît infiniment.

Messieurs, en cette circonstance,Montrez votre esprit comme moi ;Aujourd’hui la reine et le roiContractent nouvelle alliance.

Puck arrive assez gauchementEn tournant son pied en spirales ;Puis cent autres par intervallesAutour de lui dansent gaîment.

Pour les airs divins qu’il module,Ariel veut gonfler sa voix ;Son chant est souvent ridicule,Mais rencontre assez bien parfois.

Notre union vraiment est rare,Qu’on prenne exemple sur nous deux !Quand bien long-tems on les sépare,Les époux s’aiment beaucoup mieux.

Époux sont unis, Dieu sait comme :Voulez-vous les mettre d’accord ?....Au fond du midi menez l’homme,Menez la femme au fond du nord.

Nez de mouches et becs d’oiseaux,Avec mille métamorphoses ;Grenouilles, grillons et crapauds,Ce sont bien là nos virtuoses.

De la cornemuse écoutez,Messieurs, la musique divine ;On entend bien, ou l’on devine,Le schnickschnack qui vous sort du nez.

À l’embryon qui vient de naîtreAiles et pattes on joindra ; —C’est moins qu’un insecte peut-être.....Mais c’est au moins un opéra.

Dans les brouillards et la roséeTu t’élances..... à petits pas ;Ta démarche sage et poséeNous plaît, mais ne s’élève pas.

Une mascarade, sans doute,En ce jour abuse mes yeux ;Trouverais-je bien sur ma routeObéron, beau parmi les dieux ?

Ni griffes, ni queue, ah ! c’est drôle !Ils me sont cependant suspects :Ces diables là, sur ma parole,Ressemblent fort aux dieux des Grecs.

Ébauche, esquisses, ou folie,Voilà mon travail jusqu’ici ;Pourtant je me prépare aussiPour mon voyage d’Italie.

Ah ! plaignez mon malheur, passans,Mes espérances sont trompées :

Des sorcières qu’on voit céans,Il n’en est que deux de poudrées.

Poudre et robes, c’est ce qu’il fautAux vieilles qui craignent la vue ;Pour moi, sur mon bouc je suis nue,Car mon corps n’a point de défaut.

Ah ! vous serez bientôt des nôtresMa chère, je le parierais ;Votre corps, si jeune et si frais,Se pourrira, comme tant d’autres.

Nez de mouches et becs d’oiseaux,Ne me cachez pas la nature ;Grenouilles, grillons et crapauds,Restez donc au moins en mesure.

Bonne compagnie en ces lieux :Hommes, femmes, sont tous, je pense,Gens de la plus belle espérance ;Que peut-on désirer de mieux ?

Si la terre n’ouvre bientôtUn abîme à cette canaille,Dans l’enfer, où je veux qu’elle aille,Je me précipite aussitôt.

Vrais insectes de circonstance,De bons ciseaux on nous arma,Pour faire honneur à la puissanceDu grand Satan, notre papa.

Ces coquins, que tout homme abhorre,Naïvement chantent en chœur ;Auront-ils bien le front encore,De nous parler de leur bon cœur ?

Des sorcières la sombre masse,Pour mon esprit a mille appas ;

Je saurais mieux guider leurs pasQue ceux des vierges du Parnasse.

Les braves gens entrent partout :Le Blocksberg est un vrai Parnasse....Prends ma perruque par un bout,Tout le monde ici trouve place.

Dites-moi, cet homme si grand,Après qui donc court-il si vite ?Dans tous les coins il va flairant....Il chasse sans doute au jésuite.

Quant à moi, je chasse aux poissonsEn eau trouble comme en eau claire :Mais les gens dévots, d’ordinaire,Sont mêlés avec les démons.

Les dévots trouvent dans la foiToujours un puissant véhicule,Et sur le Blocksberg, croyez-moi,Se tient plus d’un conventicule.

Déjà viennent des chœurs nouveaux :Quel bruit fait frémir la nature ?Paix ! du héron dans les roseauxC’est le monotone murmure.

Moi, sans crainte je le soutiens,La critique au doute s’oppose,Car, si le diable est quelque chose,Comment donc ne serait-il rien ?

La fantaisie, hors de sa route,Conduit l’esprit je ne sais où,

Aussi, si je suis tout, sans douteJe ne suis aujourd’hui qu’un fou.

Sondant les profondeurs de l’être,Mon esprit s’est mis à l’envers ;À présent, je puis reconnaître,Que je marche un peu de travers.

Quelle fête ! quelle bombance !Ah ! vraiment je m’en réjouis,Puisque, d’après l’enfer, je pensePouvoir juger du paradis.

Follets, illusion aimable,Séduisent beaucoup ces gens-ci ;Le doute paraît plaire au diable,Je vais donc me fixer ici.

En mesure ! maudites bêtes !Nez de mouches et becs d’oiseaux,Grenouilles, grillons et crapauds,Ah ! quels dilettanti vous êtes !

Qui peut avoir plus de vertusQu’un sans-souci ?..... rien ne l’arrête ;Quand les pieds ne le portent plus,Il marche très-bien sur la tête.

Autrefois, nous vivions gaîment,Aux bons repas toujours fidèles ;Mais ayant usé nos semelles,Nous courons nus-pieds à présent.

Nous sommes enfans de la boue,Cependant plaçons-nous devant ;Car puisqu’ici chacun nous loue,Il faut prendre un maintien galant.

Tombée, et gissante sur l’herbe,Du sort je subis les décres ;À ma gloire, à mon rang superbe,Qui peut me rendre désormais ?

Place ! place ! au poids formidable,Qui sur le sol tombe d’aplomb :

Ce sont des esprits !.... lourds en diable,Car ils ont des membres de plomb.

Gros éléphans, ou pour bien dire,Esprits, marchez moins lourdement :Le plus massif, en ce moment,C’est Puck, dont la face fait rire.

Si la nature, ou si l’espritVous pourvut d’ailes azurées,Suivez mon vol dans ces contrées,Où la rose pour moi fleurit.

Les brouillards, appuis du mensonge,S’éclaircissent sur ces coteaux :Le vent frémit dans les roseaux.....Et tout a fui comme un vain songe.

Ma mère, la catin,Qui m’a tuée,Mon père, le coquin,Qui m’a mangée,Et ma petite sœur, qui m’a jeté dans l’eau,Où je deviens un bel oiseau :Vole, vole, vole !

Du Seigneur la juste colèreRéduira le siècle en poussière.

Et quand le juge s’assiéra,Tout ce qu’on cache apparaîtra,Et tout crime se vengera.

Que dirai-je au maître suprême ?Qui me prêtera son appui,Lorsque le juste mêmeDevra trembler pour lui ?

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