Matin

Le Parnasse contemporain — 1876

Sous un souffle qu’emplit l’aube des premiers tempsS’évapore la terre aux verdures nouvelles ;L’arbre enivré s’incline aux bords des clairs étangs ;Et les feuilles au ciel battent comme des ailesDans l’âme fraîche du printemps.

Sur l’herbe où la rosée a trempé leurs pieds rosesLes Nymphes ont conduit les danses d’autrefois ;Et Pan qui rit au loin, les paupières mi-closes,Écoute en s’éveillant chanter de douces voixDans l’air fait du parfum des choses.

Dans l’innocente paix d’un matin enchantéLa nature se vêt de grâce et d’harmonie ;Tout reprend la candeur de sa virginité ;Et dans un souvenir d’existence bénieTout baigne et lustre sa beauté.

L’homme passe, oublieux des misères humaines,En ce monde oublieux des mortelles saisons ;Et vers les dieux amis purs encor de ses peinesSon cœur léger, qui flotte en vagues floraisons,S’en va sur les brises lointaines !

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