La Fée Hamonde

Poèmes et Poésies

Près du Gange ou du Nil, de la Seine ou du Rhin,La fée Hamonde habite un palais souterrainCreusé dans les trésors d'une insondable mine,Et que leur seul éclat de tout temps illumine.Le regard de la fée a poli les paroisQui sont des métaux purs à rendre fous les rois,Des feux cristallisés tels que reine ou tzarineN'en a jamais paré son front ni sa poitrine,Et les perçant aussi de ses propres clartés,Rencontre leurs reflets de partout reflétés ;Et, toujours, au milieu des parfaites magiesDe miroirs alternés sans fin, les effigiesDe toute sa personne adorable lui font,Auprès d'elle ou très loin dans un vide sans fond,Une cour innombrable, et de sœurs coutumièresQui n'osent nulle part se mouvoir les premières.La fée Hamonde ainsi va d'un pas hésitant,

Comme isolée en l'air splendide, et méditantSur un secret jadis transmis aux bons génies.De salle en salle, et plus vivantes, plus unies,Ses images qui vont s'alignant par milliersRetracent tout à coup ses gestes familiers ;Si bien, qu'il est des jours où dans les perspectivesD'un peuple aérien aux foules sensitivesElle s'arrête, et croit, le cœur évanoui,Que son rêve et son corps de fée ensemble ont fui,Et tourne lentement, pour chercher autour d'elleL'être si radieux qui lui sert de modèle.Mais elle se réveille, et tressaille, et sourit ;Elle reprend, d'après chaque rite prescrit,Les incantations qu'à la même secondeSon cortège idéal en l'imitant seconde,Puis, quand elle a rappris les mots sacramentelsQu'elle oublie à la longue au contact des mortels,S'évapore à travers la grotte héréditaire.La fée Hamonde alors remonte sur la terre ;De même qu'autrefois, par le chemin plus court,De village en cité célèbre la parcourt ;Invisible, la nuit, dans les berceaux regarde ;Et quelquefois l'enfant qui sommeillait sans garde,Enveloppé d'un songe aux éclats miroitants,Ouvre tout pleins des yeux qu'elle charme longtemps.Et c'est pourquoi, malgré tant de ternes spectacles,Il est au monde encor de brillants réceptaclesOù l'âme qui s'y cache en vain semble ne voirQue l'éblouissement dont elle a le pouvoir ;

C'est pourquoi parmi nous quelques femmes plus belles,Pour enseigner la gloire à nos torpeurs rebelles,Montrent ces grands joyaux, ces palais d'éthers bleusSi lointains, si peuplés, leurs yeux miraculeux.

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