Le Sentier

Le Parnasse contemporain — 1869

Je connais un sentier sombre & marécageuxBordé d’herbe & de fleurs où l’abeille butine.Un jour, un crapaud vert qu’effleura sa bottineFit l’enfant se pâmer de dégoût sous mes yeux.

Je n’avais pas vingt ans, & n’aimais qu’elle au monde,Et posai sur sa bouche un baiser amoureux.Puis j’écrasai du pied le batracien immonde,Et j’en eus du remords, lui devant d’être heureux.

Toujours, quand j’y repense à présent, je regretteD’avoir été méchant, — & d’avoir été bête,N’ayant pris qu’un baiser, en pouvant prendre deux.

Et puis, je donnerais les bosquets de Versailles,Le petit Trianon, son lac & ses rocailles,Pour cet étroit sentier, sombre & marécageux.

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