Le Blason de Flore

Vitraux

Dic quibus in terris inscripti nomina regumNascantur flores.Virgile.

C’est un jardin orné pour les métamorphosesOù Benserade apprend ses rondeaux aux Follets,Où Puck avec Trilby, près des lacs violets,Débitent des fadeurs, en d’adorables poses.

La lune qui descend, le long des promenoirs,Sur les blancs escaliers traîne ses mules blanchesEt ses rayons légers palpitent dans les branchesComme des sequins d’or parmi des cheveux noirs.

Les Nymphes de Segrais, aux Elfes de ShakspeareChantent des madrigaux scandés par les hautbois :Ariel y poursuit Rosine, à travers bois,Et pour le beau Damis Titania soupire.

C’est une nuit d’été faite d’enchantements,Dans un jardin très calme et peuplé de fontaines,Qu’emplissent de lueurs folâtres et hautainesLes feux des yeux unis aux feux des diamants.

Parc de Watteau. — Les fastueuses plates-bandes,Autour des boulingrins, s’enlacent, décrivantL’horizon à souhaits d’un parterre savantQu’ont les Fleurs égayé d’illustres sarabandes.

Ce sont les nobles Fleurs d’un Versailles fleuri.Toutes sauraient prouver des quartiers de duchesseEt, pour l’éclat du rang comme pour la richesse,D’Hozier à leurs blasons pourrait donner abri.

Or l’esprit délecté de ce rêve héraldiqueRetrouve dans leur port, calices et parfums,Le simulacre vu des Olympes défuntsEt la grandesse unie au charme fatidique.

Des champs d’azur le Lis très chrétien émergeantEst un preux chevalier vêtu de courtoisie ;La Princesse d’amour que ses vœux ont choisiePorte un manteau d’hermine aux agrafes d’argent.

Dans sa robe de cour aux teintes précieuses,Comme aux jours de Fontange et de la Maintenon,La Tulipe ducale emplit de son renomLes pourpris qu’attrista le deuil des Scabieuses.

Les Roses, sous la pourpre auguste, dans les nuits,Ont l’amer nonchaloir des reines trop aimées,Et la lune qui boit leurs larmes embauméesD’un baiser de blancheur caresse leurs ennuis.

Gloire du souvenir extatique, PenséesFunéraires, le Deuil trône dans vos plis lourds,Et dans l’emphase épiscopale des veloursQue blasonne l’émail de vos croix florencées.

Quintefeuille ! mystique emblème voulu parLes trouvères aux cantilènes suppliantesVotre candeur a fait pâlir ces HélianthesQue dore un Astre-Roi « nec pluribus impar ».

Puis d’autres floraisons qu’Amour seul fit écloreEt dont les yeux charnels ignorent la beautéS’ouvrent au paradis merveilleux qu’ont chantéLe divin Sannazar et Joachim de Flore.

Leur hampe svelte grimpe aux marges des vitraux,Près des bons Empereurs gemmés de pierreries,Des Saints agenouillés dans l’herbe des prairies,Des Séraphins cambrant leurs torses de héros.

Celles-là — chastement rigides — sont pareillesAux Saintes dont le cloître a ravi la splendeurEt l’encens maladif leur prêta son odeurLoin du jaune soleil qui danse sur les treilles.

Pour soutenir le heaume et porter les émaux,Rampent en légion les Herbes monstrueusesSuscitant, à l’envi des formes tortueuses,Une âpre vision de sombres animaux.

Verdâtres, de poisons mystérieux ridées,Avec l’enroulement des dragons noirs et bleus,Ongles d’or, lampassés de gueules, fabuleux,S’épanouissent les farouches Orchidées.

Ainsi, divinisant la forme et les couleursEt revêtant d’orgueil les tiges parfumées,Se déroule, au milieu d’ondoyantes fumées,Dans un parc de Watteau, le Walpurgis des Fleurs.

Elles passent, jetant des senteurs musicales,Des effluves charmeurs qu’on prendrait pour des sonsEt mariant, parmi l’ampleur des écussons,À l’azur des Bleuets l’or des Hémérocalles.

Et toutes, au milieu de leur faste exalté,Buvant l’amour éclos au temps du primevère,Comme un cortège autour du Prince qu’on révèreMènent pompeusement les fêtes de l’Été.

Comentarios

Cargando comentarios…