Prospero’s Island

Vitraux

L’âme des fleurs lente et subtileS’exhale sous la lune pâle,Dans le parc bleuâtre où rutileLa rosée en gouttes d’opale.Sur l’eau des vasques séculaires,Les nénufars semblent des jonquesOù la Willis, par les nuits claires,Chante au soupir voilé des conques ;

Au temps où la Fée amoureuseS’en vient en la nappe dormanteBaigner ses flancs de tubéreuseÀ travers les bouquets de menthe.C’est le jardin des songes mièvresAssoupis au vol des phalènes ;C’est le jardin où, sur les lèvres,Passe comme un frisson d’haleines.Et quand les harpes du silenceOnt mis d’accord tous leurs murmures,Immatérielle, s’élanceUne voix d’or, sous les ramures.Aveux d’amours inavouées,Lamento des Lyres, paressesDes chevelures dénouées ;Torpeur divine des caresses ;

La voix, la voix d’or qui s’élèveSuscite, ainsi qu’un Zodiaque,Sur le décor fané du rêveL’image paradisiaque.Dans le bleu des tonnelles rases,Pelouses qu’ennoblit l’acanthe,Et sur vos fraîches chrysoprasesGlisse l’intangible bacchante.Voici fleurir, fleurir des rosesVertes, noires, couleur de flammes,Pour assoupir nos cœurs moroses,Pour dorloter nos pauvres âmes.Et des roses ensorcelées,Captieuse, meurt la fragrance :L’on dirait, au fond des allées,Un musc lointain, exquis et rance.

Le vin d’amour, l’or et le jade,Et la gloire, et la fleur du sauleDurent si peu ! Le vent maussadeSur les tombes grises miaule,Mais les bonnes chansons demeurentEt clémentes sont les tempêtesAux saintes Roses qui ne meurentJamais sur le front des poètes.

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