À M. Clogenson
Festons et astragales
Si quelque ennui vient me saisir,De mon logis, j’ai le plaisirDe contempler mille gouttières,Sans compter quatre cimetièresEntre lesquels, dans mon loisir,J’aurai l’agrément de choisir !J. Clogenson
Ce siècle, qui veut tout changer,Donne à Thémis ses invalides ;Ce n’est point à moi de jugerSi ces réformes sont solides.
Il me semblait (voyez un peuComme il est bon qu’on m’avertisse !)Que le juge plus près de DieuÉtait plus sûr dans sa justice.
L’âge avait son autoritéPour le crime échappé des bouges.Les cheveux blancs, en vérité,Faisaient bien sur les robes rouges.
N’en parlons plus, — joyeux martyr,Vous bénissez votre aventure, —Et la muse a fait, pour sortir,Éclater la magistrature !
Elle va, par vaux et par monts,Ouvrir son aile plus valide ;Du poète que nous aimonsLa robe était la chrysalide ;
Et vous quittez ce tribunalOù votre âme fut prisonnière,Gai, comme un enfant matinal,Qui fait l’école buissonnière.
Les dieux velus, les dieux malins,Aux forêts ont chanté victoire,Voyant par-dessus les moulins,Voler la toque du prétoire.
L’un du gros code s’est muni,L’autre est l’huissier qui dit : « Silence ! »Et les oiseaux ont fait leur nidAux deux plateaux de la balance.
N’en parlons plus, c’est pour le mieux,Puisque la loi que je déplore,Des morceaux d’un juge trop vieux,Fait un poète jeune encore.
Hélas ! notre printemps à nous,Suinte la tristesse et la brume ;Apollon faiblit des genoux,Et la muse à trente ans s’enrhume.
Chantez toujours ; votre gaîtéFait honte à la pale jeunesse,Qui va changeant, pour sa santé,L’eau d’Hypocrène en lait d’ânesse.
Que j’aime mieux ce rude hiver,Où le vent de la fantaisieFait pétiller, comme un feu clair,Tant d’esprit et de poésie !
Votre Pégase guilleret,De ses grelots, jette à terrePlus d’une note qu’on diraitPrise au carillon de Voltaire.
Dans vos huitains, calmes et beaux,Avec l’autorité d’un sage,Vous plaisantez sur ces tombeauxQui blanchissent au voisinage.
Enfant joyeux d’un siècle fort,À ce trait on vous peut connaître,Quand, pour voir de plus près la mort,Vous vous penchez à la fenêtre ;
Et, comme un Tircis, rose et frais,Narguant les craintes sépulcrales,Vous enflez sous les noirs cyprès,Le chalumeau des pastorales.
Salut, à vos soixante et dix !Car si la logique est certaine,En vérité, je vous le dis,Vous dépasserez la centaine ;
Et vous pourrez, selon le motDu bon poète que j’adore,Sur le tombeau de plus d’un sotPlus d’une fois compter l’aurore !
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