Les Flambeaux

Festons et astragales

Du sage qui médite et pèse, en soupirant,Les choses de la vie,L’huile onctueuse, au bord du vase transparent,Éclaire l’insomnie.

Couronné de verveine, et tout léger d’espoir,Entre ses mains joyeuses,L’hyménée, en chantant, secoue au vent du soirLes torches résineuses.

Berçant sur le festin son gracieux essor,La lampe parfuméeSemble voguer dans l’air, comme un navire d’orÀ la poupe enflammée.

La taverne, accroupie au pied du Quirinal,Rayonne sur la rue,Et fait voir au passant, sous son rouge fanal,La courtisane nue.

Le feu de l’atrium, en ses bonds indécis,Tremble, sous le portique,Et jette un gai reflet aux pénates assisPrès du foyer antique.

Le hardi nautonnier qui, sur les flots amers,Creuse un sillon d’écume,À le phare éclatant, dont la brise des mersTord l’aigrette qui fume.

Les dieux ont les soleils qui gravitent, sans bruit,Loin du monde où nous sommes ;Mais le puissant César, pour éclairer sa nuit,Fait allumer des hommes !

Il ordonne ; et, soudain, comme d’un linceul noir,Couverte de résine,La victime enflammée illumine, le soir,Les jardins de Sabine.

On entend dans les airs, parmi les chants joyeux,Monter les cris sans nombreDe ces flambeaux vivants qui luttent sous les feuxEt qui hurlent dans l’ombre.

Sabine, cependant, guide un rapide char,Par la longue avenue,Ou laisse errer ses doigts sur le luth de César,Rêveuse et demi-nue…

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