La Sirène

Le Parnasse contemporain — 1866

La vie appelle à soi la foule haletanteDes germes animés ; sous le clair firmamentIls se pressent, et tous boivent avidementA la coupe magique où le désir fermente.

Ils savent que l’ivresse est courte ; à tout momentRetentissent des cris d’horreur et d’épouvante,Mais la molle sirène, à la voix caressante,Les attire comme un irrésistible aimant.

Puisqu’ils ont soif de vivre, ils ont leur raison d’être :Qu’ils se baignent, joyeux, dans le rayon vermeil,Que leur dispense à tous l’impartial soleil ;

Mais moi, je ne sais pas pourquoi j’ai voulu naître ;J’ai mal fait, je me suis trompé, je devrais bienM’en aller de ce monde où je n’espère rien.

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