Messidor

L’Année républicaine

Le ciel est gris plombé, la terre est altérée,Parfois le vent, ainsi qu’une haleine enfiévrée,Fait onduler le sein des moissons & des bois,Une angoisse indicible accable la nature,Et tout frissonne, quand, par la déchiquetureDes éclairs, un accord de la terrible voixDe l’orage s’échappe & vient jusqu’à la terre.Le tonnerre, ô bonheur ! & comme il fait bien taireTout ici-bas ! lui seul, on l’entend à présent :— Gronde, gronde toujours, encore une décharge,C’est bien ! fais à la nue une fente plus large,Crève-la, puis rugis de joie en l’écrasant.Va, ton fracas est doux & ton horreur soulage,Redouble, enivre-toi de ton aveugle rage,

Sois le farouche accent de nos rébellions ;Emporte nos fureurs dans ta fureur sacrée :L’âme de sa tempête est par toi délivrée,Et voici bien des jours qu’en vain nous t’appelions !

Ce soir, quand par milliers les tranquilles étoilesDe l’azur nuageux déchireront les voiles,Un vent doux & subtil sur les blés passera ;Et, tandis que courant devant l’aube iriséeIl changera la pluie en brillante rosée,L’âme rassérénée à Dieu s’élèvera.

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