Roses de la mort

Horizons

ROSES DE LA MORT

Le hasard, qui tous deux aujourd’hui nous promène,Nous arrête devant ce cimetière vert :Entrons. Voici déjà, dès le seuil entr’ouvert,Ses rosiers lentement nourris de chair humaine.L’abandon et l’été font comme un beau jardinDes tombes. Chaque rose y est si lourde et grasseQu’on devine à la voir que tout le mort y passe,Et qu’on recule un peu d’y réfléchir soudain.Cependant, cueillons-en plusieurs pour ma ceinture.Saurait-on résister à la tentationDes roses ? J’oublierai que leur carnationDivine a pris sa vie en pleine pourriture.

Ou plutôt, je rendrai cet hommage à la mortDe la voler, sachant que, du fond de la boue,Tout un corps s’est donné pour gonfler cette joueFlorale d’une rose, apte à tenter encor…— Lors je les presserai, charnelles et funèbresSur ma bouche, en songeant que leur suprême odeurSe venge de la lourde et sourde puanteur,Et leur folle clarté de toutes les ténèbres !

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