Ave Maria
La Figure de proue
Revenue à votre chapelle si naïveEntre ses arbres et tout au-dessus du flot,Où mon enfance écoutait la mer sur la riveÀ travers le vitrail trouble comme un hublot,
Notre-Dame, je vous invente une prière.Je vous rends hommage à genoux, comme je peux.Vous savez que jamais, à présent ou naguère,Je n’eus en moi la croyance de mes aïeux.
Sainte Marie, entre vos lys, vous êtes belle.Je suis venue à vous d’un geste nonchalant,Aujourd’hui, sur mes petits pieds chaussés de blanc,Mes petits pieds de communiante nouvelle.
Quand j’étais une enfant je vous disais aveSans y croire déjà, Notre-Dame de Grâce.Je n’y ai plus pensé depuis : mais votre faceMe semble douce comme un visage rêvé.
C’est pourquoi, ce matin, toute d’or, ô barbare,Souffre que, tendrement, j’ajoute mes salutsÀ ceux des pêcheurs roux qui t’ont mise à la barreDes barques, dans le sel des voiles et chaluts.
Je voudrais bien toucher à tes deux belles jouesAnciennes, qui sont deux fleurs de ton sang clair,Étoile des marins de chez moi, qui te jouesComme une mouette ivre au-dessus de la mer.
Puisque les matelots ont joint leurs mains saumâtres,Brûlé tant d’historique et séculaire encensPour toi, je veux qu’aussi tes regards tout-puissantsMe voient, blanche, parmi les cierges idolâtres.
Protège-moi, qui suis d’ici, comme un bateau,Notre-Dame, à travers le voyage de vivre !Et, s’il faut devant toi suspendre un ex-voto,Voici câlinement mon cœur que je te livre.
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