Cigarette dorée

La Figure de proue

Je sentais de profil brûler mon œil étrusqueComme dans le musée ancien que nous aimons,Et fumais… Tout à coup surgit l’ivresse brusqueD’une bouffée en pleins poumons.

Lors, ce qui passe et vit dehors contre les vitresEntra. Ce fut un monde invisible et divin.Une chèvre bêla comme un faune. Il advintLa matière de cent chapitres.

Il advint le mystère ordinaire des joursQu’on ne peut percevoir parce qu’on n’est pas ivre,Parce qu’étant normal on est aveugle et sourdEt qu’on se contente de vivre.

Plus besoin de mourir pour trouver du nouveau !Je vois ! L’Univers pâle est grouillant de merveilles.Toutes mes personnalités se font pareilles,Et je n’ai plus qu’un seul cerveau.

Je suis simple d’esprit ! Des bravoures assisesNous en avons fini, cœur las et fanfaron !Je vais pouvoir ce soir comparaître aux AssisesInternes, qui m’acquitteront.

Je vais enfin marcher au pas avec la cliqueDe la vie, et jouir de son quotidien,La routine ? Elle était sublime. Tout est bien.Tout se débrouille, tout s’explique.

Les villes et le reste à l’extrême horizon,Les mers où le vent claque aux voiles ineffables,Tout respire dans l’or et les couleurs des fables :Nos enfances avaient raison.

Et, s’il faut l’attester, la miette de joieTémoigne : le bonheur attend dans les chemins.— Voici le bout doré, vraie et première proieQui me demeure dans la main.

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