Missive
La Figure de proue
Tout au travers des sombres monts du ThababorOù tournoyait l’aigle kabyle,Écoute : j’ai passé sur mon cheval habileÀ poser ses pieds fins sur les sentiers sans bords.
Vois-tu rôder, sur les sommets, ces brumes blanchesElles s’ouvrent parfois, laissant à découvert,Entre la torsion des branches,Tout le beau mois de mai d’en bas, puissant et vert.
Là, blessés par le drame ancien des orages,Les vieux arbres haussaient l’azur à bout de bras,Et leurs faîtes cardaient la fuite des nuages,Les jours de vent et de ciel bas.
J’ai bu dans le soleil les sources éternellesQui débordent, suivant leur pente, de partout,Et qui gardent le petit goûtDes fougères en fleurs qui détrempent en elles.
Dans la neige d’en haut, quelque gibier cachéSe laissait surprendre à la trace,Et, dans les morceaux chauds du pays, les rochersAvaient des singes gais qui faisaient la grimace.
Et, comprends-tu ?… Serrée au pied d’un chêne fortEt mouillé, j’oubliais la grande horreur du sable,Dans la bonne forêt qui porte, invariable,Sa mousse du côté du Nord.
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