Fleur des prés

Joies errantes

À Charles Frémine.

Je veux dire vos grâces enjouées et naïves,Campagnardes fleurettes :Soit que le matin endiamante vos collerettes,Ou que le soir vous pare de lueurs fugitives.Les riches sequins des boutons d’orFont de l’herbe verte un écrin joyeux ;Et les liserons sauvages sont de doux yeux,Où une petite âme sentimentale dort.Les marguerites, au cœur léger,Ont trempé — semble-t-il — leurs pétalesAux rayons de la voix lactéeEt dans le clair-de-lune pâle.

Le coquelicot, en jupes fripées —Comme par de galantes équipées —Recèle en son sein, noir et vermeil,Le don maléfique du sommeil.Les folles avoines — gais cheveux au vent —Caressent — lascives — les bleuets rêvants,Reflétés de ciel : immuable et changeant.Ombelles argentées — fraîche tombée de neige —Tout en petites étoiles, finement ouvragées ;Votre ombre délicate protègeLes frêles menthes, aux senteurs exaltées.Véroniques mélancoliques,Trèfle — fleuron héraldique —Pâquerette, coquette,Au teint de rieuse fillette ;Petite sphynge des prairiesQu’interroge la main inquièteDu jeune amour qui pleure et rit.Et vous, délicates fleurs envolées —Papillons blancs, bleus et rosés,Parmi les sainfoins qu’une tendre brise fait onduler !

Vous êtes — gentille assemblée ! —Comme un gracieux bouquet poséPar le Soleil — amant resplendissant —Sur le sein de la vallée,Qui porte le trésor des blés mûrissantsDans son tablier.

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