La vie

Joies errantes

À Eugène Ledrain.

Elle nous parvient ingénue et rajeunieDes lointains confins de races abolies.Les pleurs que versent nos yeux enfantins,Étonnés par l’éclat des nouveaux matins,Sont faits des douleurs anciennes ;Et nos premiers chagrins sont de vieilles antiennes.Mais, sous les feuillées de Printemps,Nos rondes tournent, tournent gaîment,Avec nos âmes de Printemps.Puis, au ciel dore de l’ÉtéFuit le vol vagabond des nuéesLourdes des orages de nos cœurs éveillés ;

Extases, peines ; male heure et bonne,Sanglots de joie, enivrements d’orgueil —L’écho des éternels deuilsEt de l’éternel Espoir à la voix enchantéeEn nous résonne.Toutes les belles fleurs tentent nos mains avides,Nos pas sont attirés vers l’horizon splendide —Mais notre pas trébuche aux pierres du cheminEt les ronces déchirent nos mains.Au pressoir rouge de l’AutomneBout le flot mauvais des haineux levains ;Le tocsin des désastres sonneEt ruisselle le sang rouge — comme le vin.Enfin, par l’Hiver glacés,L’Amour et la Haine fraternellement vont dormir —Blêmes trépassés —Sous les neiges sans couleurNotre cœur se meurt ;Seules les pâles chrysanthèmes du SouvenirSe penchent sur notre cœur qui va dormir…

Mais, la minute brève d’une VieContient toute la joie — aussiTout le tourment des âges évanouis —Et le frisson fugace dont notre âme a frémiC’est le Frisson de l’Infini.

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