Sérénade
Joies errantes
À Stéphane Mallarmé.
La Nuit, gracieuse et farouche sirène,Flotte dans le calme bleu éthéréen,Ouvrant ses yeux purs — qui sont des astres —Et pleure de longues larmes tranquilles,Des larmes de lumière, tremblant un peu,Dans la paix dormante de l’eauOù les navires à l’amarreSont des fantômes de navires,Si pâlement profilés sur le ciel ;On dirait d’une très ancienne estampeEffacée à moitié par le temps.Un charme indolent vaporisa les contours ;Et les formes sont de tendres spectresRevêtus de passé, de mystère et de rêve,Au gré de notre désir incertain.
La Nuit câline se berce, comme dans un hamacUne fille des chaudes contrées,Et, de ses mains ouvertes,Tombe le précieux opium de l’heure.La cohorte brutale des soucisEst en dérouteSous le pur regard de la Nuit.Plus rien d’hostile ne se mêleÀ la sérénité des choses assoupies ;Et l’âme du poète peut croireRetrouvé le pays promis à ses nostalgies ;Le pays à l’égal charme doux —Comme un sourire d’amie, —Le pays idéal, oùPlus rien d’hostile ne se mêleÀ la sérénité des choses.Flottez, gracieuse et farouche sirène !Nuit indolente, dans le calme bleu éthéréen,Flottez sans hâte — car voici déjàÀ l’Orient la menace roseDu jour,Et voici retentir dans l’air assoupiLe clairon qui sonne le retourDes soucis — brutale cohorte.
Le haïssable chant du coqLance la narquoise sérénade :— Aux pires hôtes ouvrez vos portes,Voici le jour !
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