Roman dans la lune
Rythmes pittoresques
ROMAN DANS LA LUNE
À Edmond Haraucourt.
C’était un poète tourmenté d’un mal étrange
Il vécut sans désirs sans ambitionsSans jalousie et sans joies ;Ignorant les larmes plus douces que le mielEt les mortels baisers.
Car, un soir d’extase, il avait aperçu dans la LuneCelle qu’il devait aimer d’un amour unique —
Il avait aperçu la lumineuse fiancéeQui l'appelait avec un sourire silencieux. —
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Les destinées avaient maudit ce rêveur.Et c’est avec un dégoût de malade qu’il lutta pour le pain très sec,Et le vin très frelaté de chaque jour.
Mais quand venait le soir, il oubliaitLes rancœurs et la lutte pour le pain très sec ;Et à sa fenêtre accoudé il chantait, —Des chants pleins d’amour et de surhumaine clarté —À la fiancée lumineuse qui l’appelaitAvec un sourire silencieux.
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Les filles de la terre, en vain l’éblouissaient des blancs éclairsDe leurs gorges amoureuses,En vain rôdaient autour de lui leurs yeux ivres.
Il restait fidèle à la fiancée qu’il avait aperçu dans la lune.Et qui l’appelait avec un sourire silencieux.
⁂
Il vécut ainsi beaucoup d’années,Attendant l’heure de l’éternel hymen
Puis, un soir d’extase, il est mort —Le poète tourmenté de ce mal étrange.
Et son âme s’envola chantantUn hymne de joie,Là-haut, vers le Pays convoité— Si ardemment, si fidèlement ! —Dans les bras de l’unique Bien-AiméeQui l’appelaitAvec un sourire silencieux.
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Et, dans une alcôve faite de rayonsII étreignit pour jamaisLa lumineuse fiancée.
Et ils s’aimèrent longtemps, bien longtempsD’amour limpide comme l’éther.Sans inquiétudes, sans angoissesSans jalousies et sans pleurs.
Mais, un soir, le poète s’accouda comme autrefois à sa fenêtreEt regarda la terre… avec regret.
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