Sonate
Rythmes pittoresques
SONATE
PRÉLUDE
Les douces lampes veillentSur le frissonnant calme des tenturesEt les coussins profonds comme l’oubliSe font complices de notre langueur.
Quel charme dans la muette sérénadeDes guitares frôlées par nos cœurs émusSous les balcons des Extases !
Et ces baisers tristes à force de tendresseSont comme les humides pétales des nénupharsS’évanouissant
Sur l’inextinguible soif de nos âmes —Accourues au rendez-vousDe ces baisers tristes à force de tendresse, —
Ne commettons pas la fauteDe ravir l’amoureuse proieAu Sphinx adorable des minutes futures.
Vois le gracieux Léthé de lumièreCaresser la soie des tentures.(Rinforzando)Invincible l’étreinteEt plus sonores les arpèges aux HarpesQui sommeillaientDans le frissonnant calme des tentures.
De quelles invisibles cassolettesMonte ce parfum de pourpres roses ?Et la hantise inquiète des œillets rosés ?…...............Le Rêve conquérantA soumis nos rebelles vouloirs.(Fugue)Ors fulgurants des torches,Chevelures ardentes des célestes Monstres ;Flammes d’azur, flammes violettesEt rouges flammes des bûchers ;
Cimballums stridents et grondantes orguesUnissent l’héroïque éclat de leurs accordsAux larges pleurs des violoncelles.
Tandis que d’un fabuleux firmamentTombent en avalancheDe grands lys odorants aux cœurs jaunesAu milieu de tons mauves suaves jusqu’aux larmesEt de lilas évanouis.
(Dolce rittard.)
N’est-ce point l’instantImmortel ?Et les âpres portesDu RéelVont-elles se rouvrirEncore ?
Cette demi-mortQue n’est-elleLa grande, l’auguste MortSi belle !
2 avril 1890.
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