La Lune

Dans les brandes, poèmes et rondels

IIILA LUNE

La lune a de lointains regardsPour les maisons et les hangarsQui tordent sous les vents hagardsLeurs girouettes ;Mais sa lueur fait des plongeonsDans les marais peuplés d’ajoncsEt flotte sur les vieux donjonsPleins de chouettes !

Elle fait miroiter les socsDans les champs, et nacre les rocsQui hérissent les monts, par blocsInfranchissables ;Et ses chatoiements délicatsPrès des gaves aux sourds fracasFont luire de petits micasParmi les sables !Avec ses lumineux frissonsElle a de si douces façonsDe se pencher sur les buissonsEt les clairières !Son rayon blême et vaporeuxTremblote au fond des chemins creuxEt rôde sur les flancs ocreuxDes fondrières.

Elle promène son falotSur la forêt et sur le flotQue pétrit parfois le galopDes vents funèbres ;Elle éclaire aussi les taillisOù, cachés sous les verts fouillis,Les ruisseaux font des gazouillisDans les ténèbres.Elle argente sur les talusLes vieux troncs d’arbres vermoulusEt rend les saules chevelusSi fantastiques,Qu’à ses rayons ensorceleurs,Ils ont l’air de femmes en pleursQui penchent au vent des douleursLeurs fronts mystiques.

En doux reflets elle se fondParmi les nénuphars qui fontSur l’étang sinistre et profondDe vertes plaques ;Sur la côte elle donne aux buisDes baisers d’émeraude, et puisElle se mire dans les puitsEt dans les flaques !Et, comme sur les vieux manoirs,Les ravins et les entonnoirs,Comme sur les champs de blés noirsOù dort la caille,Elle s’éparpille ou s’épand,Onduleuse comme un serpent,Sur le sentier qui va grimpantDans la rocaille !

Oh ! quand, tout baigné de sueur,Je fuis le cauchemar tueur,Tu blanchis avec ta lueurMon âme brune ;Si donc, la nuit, comme un hibou,Je vais rôdant je ne sais où,C’est que je t’aime comme un fou ;Ô bonne Lune !Car, l’été, sur l’herbe, tu rendsLes amoureux plus soupirants,Et tu guides les pas errantsDes vieux bohèmes ;Et c’est encore ta clarté,Ô reine de l’obscurité,Qui fait fleurir l’étrangetéDans mes poèmes !

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