Le Petit Chien
Dans les brandes, poèmes et rondels
VLE PETIT CHIEN
Caniche étrange, beau Marquis,Tes poils frisent comme la mousse,Un œil noir aux regards exquisLuit dans ta petite frimousse.Tout fier de ta toison de lin,Toujours vif et jamais morose,Tu vas, tapageur et câlin,Offrant ton museau noir et rose
Ta prunelle parle et souritAussi fine que peu traîtresse.Oh ! comme elle est pleine d’espritQuand tu regardes ta maîtresse !Ta joie et ton plus cher désirC’est, devant un bon feu qui flambe,De sentir sa main te saisirQuand tu lui grimpes sur la jambe.Tu te carres svelte et brillant,Et tu fais frétiller ta queueQuand elle te noue en riantTa petite cravate bleue.Si tu la vois lire, broder,Ou bien faire la couturière,Tu restes sage sans bouder,L’œil mi-clos et sur ton derrière.
Dans les chambres et dans la courTu la suis, compagnon fidèle,Et trottinant quand elle court,Tu ne t’écartes jamais d’elle.Quand elle veut quitter son toit,Tu la guettes avec alarmes,Et lorsqu’elle s’en va sans toi,Tu gémis, les yeux pleins de larmes.Mais si tu n’as plus de gaietéLoin de celle dont tu raffoles,Comme son retour est fêtéPar tes milles gambades folles !Sur la table, à tous les repas,Devant ton maître peu sévère,Tu fais ta ronde, à petit pas,Frôlant tout, sans casser un verre.
L’amour ne te fait pas maigrirPrès d’une chienne langoureuse ;N’ayant aucun mal pour t’aigrir,Tu trouves l’existence heureuse.Ton air mignon et goguenardT’obtient tout ce qui t’affriande,Et tu croques un gros canardAprès avoir mangé ta viande.Rien que la patte d’un pouletT’amuse pendant des semaines,Et content d’un joujou si laid,Dans tous les coins tu le promènes.Bruyant, lorsqu’on te le permet,Calme, lorsqu’on te le commande,Ta turbulence se soumetSans qu’on use de réprimande.
Aussi ton maître te souritAvec sa gravité si bonne ;Sa douce femme te chérit,Et tu fais l’amour de la bonne.Pour moi, que tu reçois toujoursAvec des yeux si sympathiques,Je te souhaite de longs joursEt de beaux rêves extatiques.Cher petit chien pur et charmant,De l’amitié vivant emblème,En moi tu flairas un tourmentDès que tu vis ma face blême.Tes aboiements qui sont des voixM’ont crié : « Courage ! Espérance ! »Et tes caresses m’ont dit : « Vois !Je m’associe à ta souffrance ! »
Accepte donc ces pauvres versQue t’offre un poète malade,Et parfois, sur tes coussins verts,Songe à lui comme à ton Pylade.
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