Le Chat parlant

L’Abîme

Par le val hérissé, caverneux et stagnant,Le crépuscule marche à pas de revenant,Brouillant l’horizon vide et les routes étroitesQu’un lent déluge inonde avec ses larmes droites.Dans une vieille chambre aux meubles non moins vieuxQui, sous le jour mourant des carreaux pluvieux,Semblent vouloir conter les mystères qu’ils gardent,Un ermite et son chat, distraits, s’entre-regardent,Bizarres, singuliers, fantastiques tous deux,Au milieu de l’horreur qui s’accroît autour d’eux.

Parfois quelque tison faisant son bruit d’atomes,D’un rougeoiment furtif éclaire ces fantômes…Soudain, l’ancien rôdeur des greniers et des toits,Sybarite profond, désabusé matoisDe tous les vains gibiers du vague et du peut-être,S’exprime de la sorte, en parlant à son maître :

« Ainsi donc, nous avons dûment enseveliLa curiosité comme la turbulence,Pour goûter côte à côte, au pays du silence,L’indifférence inerte et le flânant oubli.

« Ayant le gîte sûr et le vivre établi,Au gré du temps berceur de notre nonchalance,Nous attendons la mort, si pleins de somnolence,Que nous dormons déjà le repos accompli. »

Ces paroles du chat mordent le solitaire,Et voici qu’il frémit ce blasé volontaireQui se croyait si bien déraciné de tout ;

Car, à mesure, hélas ! qu’en lui-même il explore,Il voit distinctement au fond de son dégoûtDes tronçons de regrets se tortiller encore.

— Et tandis que le maître installe son tourmentEt que le chat torpide ébauche un nouveau somme,Entre la Nuit qui va nourrir inversementLe calme de la bête et le frisson de l’homme.

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