Le Pistolet

L’Abîme

« Dis donc ! tu réfléchis beaucoup ?…Car, enfin, tu n’aurais qu’à brûler ta cartoucheQuelle perplexité pour t’envoyer le coupDans une tempe ou dans la bouche !

J’attends que ton doigt se décide ;Je te tuerai net. Foi de revolver !Allons, et que la fin de ce jour gris d’hiverAvec la tienne coïncide !

Veux-tu que je te dise, hein ! raisonneur pervers ?Jusqu’en ton désespoir, la prudence réside ;Elle reste à l’endroit sous ta face à l’envers,Et la preuve qu’elle est absolument lucide,C’est que tu trembles comme un ver.Quand l’homme veut tomber roide, le crâne ouvert,Il faut qu’à son dessein la démence préside ;Mais, crois-moi, pour l’instant, tes accès sont trop verts,Pas encore assez mûrs pour le Vrai Suicide ;Tu ferais mieux d’aller me rependre en travers,Sur la muraille où je m’oxyde.Tu sais bien tramer ton trépas ;Quant à le perpétrer, non pas.Ton ennui tourne autour, ta détresse le frôle,Mais tu le réduis aux apprêts.Si je te vois jamais te supprimer exprès,En vérité, ce sera drôle !

Ne me décroche de mon clouQue le jour où tu seras fou.D’ici là rempoigne ton vice ;Je suis toujours à ton service. »

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