Le Sceptique

L’Abîme

L’Homme à Part entre tous les temps,Le fabuleux homme moderneDébite ainsi d’une voix terne,Quelques aveux impénitents :

« Suis-je bon ? non, je suis mauvaisJe note le bien que je fais.

Pardonneur ? j’en ai l’air. Pourquoi ?Parce que je hais de sang-froid.

Sincère ? à peine avec l’enfant ;Avec l’homme un peu moins souvent.

Modeste ? dame ! il est certainQue j’ai l’orgueil fort clandestin.

Juste ? en cherchant, il se pourraitQue j’eusse un faux poids, l’Intérêt.

Mystique ? Allons donc ! c’est ma chairQui me coûte encor le plus cher.

Doux ? entre nous, est-ce le nom ?Doucereux, je ne dis pas non.

Sage ? très ou pas, ça dépend,Car je suis linotte ou serpent.

Voilà ! ne croyez pas surtoutQu’au fond je me prenne en dégoût !

Le Pervers tranquille et moqueur,Le Franc Sceptique, c’est mon cœur ! »

— Dans ta confession où perce la jactanceTout est vrai hors le dernier point :Indifférent ? tu ne l’es point,Tu n’as que le dépit pour railler l’existence,Et tu mâches ton fiel intérieurement,Hypocrite du calme et du ricanement.Va ! tes vices tirent la chaîneDe la vieille Perversité ;Dans l’ornière du mal, ta misère se traîne ;Et ta moderne vanitéNe rabâche que la rengaineDe la si monotone et plate humanité.

Comentarios

Cargando comentarios…