Les Deux Justes

L’Abîme

Je n’aurai donc pas un frissonD’enthousiasme ou de tortureQui me paye de ma cultureEt m’intéresse à ma moisson.

En vain mon cœur blasé, suprême,Cherche du nouveau dans le Bien,Ce sphinx inerte ne dit rienEt reste semblable à lui-même.

Oh ! qu’il surgisse enfin de la PerversitéUn démon par lequel je puisse être tentéEt, savourant l’horreur de m’en laisser poursuivre,

Je bénirai le Mal autant que je le hais,Puisque hélas ! c’est encor l’inconnu du MauvaisQui donne un goût moins nul à la fadeur de vivre.

« Insensé ! croupis dans le Bien,Répond le vieux juste au novice ;Sais-tu si le dégoût du viceN’est pas plus morne que le tien ?

« L’Uniformité nous verrouille ;Gardons-y le devoir têtu.Portons l’ennui de la vertuComme un glaive porte sa rouille. »

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