Sollicitude

L’Abîme

« Dans la nuit où ton cœur s’attardeTu m’écoutes comme le vent.N’importe ! mon Cri poursuivantJe te l’inflige et te le darde.

Vers ta famille dont tu navresLes fantômes et les cadavres,Vers ton jeune âge et ton vieux toit,Retourne-toi, retourne-toi !

Pourtant, l’avis que je hasardeVeut ton bien en désapprouvantTa conscience qui se vendEt ton honneur qui se lézarde.

Soit ! reste endurci. Mais prends garde !Et songe que dorénavantSurgira partout, t’observant,Ma sollicitude hagarde.

Pour gêner ton remords savantEt ta pénitence cafarde,Je me suis fait spectre mouvantEt ma poussière te moucharde.

Toi, tu me fuis ! Moi, je te gardeEncore mieux qu’auparavant :Plus ta chute va s’aggravantEt plus ton salut me regarde ;

Dans tes vices que je défarde,J’entends le mal récidivantToujours davantage élevantSa voix déjà moins papelarde.

Embusqué derrière ton âme,J’y lis qu’elle se sent infâme.Et la preuve : c’est ton effroiQuand je te dis : Retourne-toi ! »

— Voilà ce qu’à l’heure blafardeMurmure bas, bref et souvent,Le Bon mort au Mauvais vivantQue ce chuchotement poignarde.

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