À l’Insensible
Les Névroses
À L’INSENSIBLE
Es-tu femme ou statue ? Hélas ! j’ai beau m’userPar les raffinements inouïs que j’inventePour forcer ta chair morte à devenir vivante,J’ai beau me convulser sur ta gorge énervante,Tu n’as jamais senti la luxure savanteDe mon baiser.Ainsi donc, comme un plomb sur la peau du jaguar,Ma passion sur toi glisse, et mes pleurs eux-mêmesCoulent sans t’émouvoir le long de tes mains blêmesEt quand je te supplie à genoux que tu m’aimes,Je reste épouvanté par les froideurs suprêmesDe ton regard !Rampant comme un aspic, fidèle comme un chien,Je laisse piétiner mon cœur sous ta babouche ;Devant l’inconscient sarcasme de ta bouche,Je fléchis mon honneur et ma fierté farouche ;Je me calcine en vain dans l’enfer de ta couche,Ô rage ! — Eh bien,
Puisque sur ton flanc nu l’amour me fait beugler,Sans que jamais sur toi ma convoitise morde ;Puisque toujours passive et sans miséricorde,Tu veux qu’en tes bras morts et glacés je me torde,Ce soir, de tes cheveux, je vais faire une cordePour t’étrangler !
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