Ballade de l’arc-en-ciel

Les Névroses

BALLADE DE L’ARC-EN-CIEL

À François Captier

La végétation, les marais et le solOnt fini d’éponger les larmes de la pluie ;L’insecte reparaît, l’oiseau reprend son volVers l’arbre échevelé que le zéphyr essuie,Et l’horizon lointain perd sa couleur de suie.Lors, voici qu’enjambant tout le coteau rouillé,Irisant l’étang morne et le roc ennuyé,S’arrondit au milieu d’un clair-obscur étrangeLe grand fer à cheval du firmament mouillé,Bleu, rouge, indigo, vert, violet, jaune, orange.Les champignons pointus gonflent leur parasolQui semble regretter l’averse évanouie ;Le grillon chante en ut et la rainette en sol ;Et mêlant à leur voix sa stupeur inouïe,Le soir laisse rêver la terre épanouie.Puis, sous l’arche de pont du ciel émerveilléUn troupeau de brouillards passe tout effrayé ;Le donjon se recule et de vapeur se frange,Et le soleil vaincu meurt lentement noyé,Bleu, rouge, indigo, vert, violet, jaune, orange.

Tandis que dans l’air pur grisant comme l’alcoolMontent l’âcre fraîcheur de la mare bleuieEt les hennissements des poulains sans licol,Le suprême sanglot de la lumière enfuieVa s’exhaler au fond de la nue éblouie ;Et sur l’eau que le saule a l’air de supplier,Du cerisier sanglant à l’ocreux peuplier,Dans une paix mystique et que rien ne dérange,On voit s’effacer l’arc impossible à plierBleu, rouge, indigo, vert, violet, jaune, orange.

ENVOI.

Ô toi, le cœur sur qui mon cœur s’est appuyéDans l’orage du sort qui m’a terrifié,Quand tu m’es apparue en rêve comme un angeDevant mes yeux chagrins l’arc-en-ciel a brillé,Bleu, rouge, indigo, vert, violet, jaune, orange.

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