Ballade des barques peintes

Les Névroses

BALLADE DES BARQUES PEINTES

À Boudouresque.

Elles meurent de spleen, à l’ombre des maisons,Les chaloupes de mer qui vacillent sans trêve,Et qui voudraient tenter aux plus creux horizons,Loin des miasmes chauds et stagnants de la grève,Le gouffre qui les tord, les happe et les enlève.Aussi quand le pêcheur prend les avirons lourds,Chacune en toute hâte arborant ses atoursFuit le port engourdi plein de buveurs de pintes,Et la brise ballonne et fait sur les flots sourdsFrémir la voile blanche au mât des barques peintes.Elles ne songent guère aux noires trahisonsDe l’Océan qui dort et de l’autan qui rêve.Oh ! quand elles n’ont plus la chaîne des prisons,Comme l’air est exquis, l’eau verte et l’heure brèvePourtant, il faut déjà rentrer : le jour s’achève.Mais un brusque ouragan qui briserait des tours,Plus fou qu’un tourbillon de cent mille vautours,Se rabat sur la côte avec d’horribles plaintes,Et la mouette en vain écoute aux alentoursFrémir la voile blanche au mât des barques peintes.

Hélas ! leurs flancs menus, leurs fragiles cloisonsCraquent sous le nuage orageux qui se crève.Comme un tas de serpents qui bavent leurs poisons,Contre elles, chaque vague arrive et se soulèveAvec le bond du tigre et le tranchant du glaive.Et tandis qu’au milieu des éclairs drus et courtsLa nuit met sur la mer son masque de velours,Le grand phare inquiet dans les clartés éteintesRegarde, et ne voit pas, à l’heure des retours,Frémir la voile blanche au mât des barques peintes.

ENVOI

Dame la Vierge ! Ô vous, qui dans les mauvais joursDonnez si promptement assistance et secoursÀ ceux que le danger cerne de ses étreintes,Commandez que le vent guide et laisse toujoursFrémir la voile blanche au mât des barques peintes !

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