Ballade du châtaignier rond
Les Névroses
BALLADE DU CHÂTAIGNIER ROND
Le râle de genêts croassait dans les présComme un peigne qu’on racle au milieu du mystère ;Le soir décolorait les arbres effarés,Et lentement la Lune, au ras du ciel austère,Se recourbait en arc ainsi qu’un cimeterre.C’est alors que, tout seul dans la vallée, au bruitDu crapaud des étangs qui flûtait son ennui,Par les taillis scabreux, les labours et le chaume,Je m’en allais parfois rêver jusqu’à minuitSous le châtaignier rond dressé comme un fantôme.Aux bêlements lointains des moutons égarés,Plus fatidiquement qu’un glas de monastère,Le chat-huant mêlait ses sanglots acérés,Si tristes, qu’un frisson de peur involontaireVous prend, lorsqu’un mauvais écho les réitère.C’était l’heure des loups que le sorcier conduit ;De la voix qui vous hèle, et du pas qui vous suit ;Le grillon n’avait plus qu’un murmure d’atome ;Et la mousse enchâssait le petit ver qui luitSous le châtaignier rond dressé comme un fantôme.
Le court vacillement des farfadets soufrésAnnonçant des esprits qui revenaient sur terre,Dansait au bout des joncs des chemins engouffrés ;Puis, à la longue, tout finissait par se taire,Et le silence entrait dans la nuit solitaire.Et j’oubliais la tombe où la Mort nous réduitEn cendres ! J’oubliais le monde qui me nuit ;Le sommeil des buissons me charriait son baume,Et je m’évaporais avec le vent qui fuitSous le châtaignier rond dressé comme un fantôme.
ENVOI
Princesse de mon cœur, si, par un cas fortuit,Je meurs à la campagne, ordonne que celuiQui vissera sur moi le long couvercle en dômeM’emporte par la brande et m’enterre, la nuit,Sous le châtaignier rond dressé comme un fantôme.
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