La Baigneuse

Les Névroses

LA BAIGNEUSE

À Clovis Hugues.

Au fond d’une baignoire elle admire ses hanchesDans le miroir mouvant d’un cristal enchanté,Et les mollets croisés, elle étend ses mains blanchesSur les bords du bassin qui hume sa beauté.Les robinets de cuivre à figure de cygneOnt l’air de lui sourire et de se pavaner,Et leurs gouttes parfois semblent lui faire un signeComme pour la prier de les faire tourner.Sur un siège, ses bas près de ses jarretièresConservent la rondeur de leur vivant trésor ;Ses bottines de soie aux cambrures altièresN’attendent que son pied pour frétiller encor.Sa robe de satin pendue à la patèreA les reflets furtifs d’une peau de serpentEt semble avoir gardé la grâce et le mystèreDe celle dont l’arôme en ses plis se répand.

Sur la table où l’on voit bouffer sa collerette,Telle qu’on la portait au temps de Henri Trois,Ses gants paille, malgré leur allure distraite,Obéissent encore au moule de ses doigts.Sa toque est provocante avec son long panache,Et son corset qui bâille achève d’énerver.Colliers et bracelets, tout ce qui la harnacheLuit dans l’ombre et paraît magiquement rêver.Et tandis qu’un éclair dans ses yeux étincelleEn voyant que son corps fait un si beau dessin,Le liège qui vacille au bout de la ficelleChatouille en tapinois la fraise de son sein.

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