La Céphalalgie
Les Névroses
LA CÉPHALALGIE
À Louis Tridon.
Celui qui garde dans la fouleUn éternel isolementEt qui sourit quand il refouleUn horrible gémissement ;Celui qui s’en va sous la nue,Triste et pâle comme un linceul,Gesticulant, la tête nue,L’œil farouche et causant tout seul ;Celui qu’une odeur persécute,Et qui tressaille au moindre bruitEn maudissant chaque minuteQui le sépare de la nuit ;Celui qui rase les vitrinesAvec de clopinants cahots,Et dont les visions chagrinesSont pleines d’ombre et de chaos ;Celui qui va de havre en havre,Cherchant une introuvable paix,Et qui jalouse le cadavreEt les pierres des parapets ;
Celui qui chérit sa maîtresseMais qui craint de la posséder,Après la volupté traîtresseSa douleur devant déborder ;Celui qui hante le phtisique,Poitrinaire au dernier degré,Et qui n’aime que la musiqueDes glas et du Dies iræ ;Celui qui, des heures entières,Comme un fantôme à pas menus,Escorte jusqu’aux cimetièresDes enterrements d’inconnus ;Celui dont l’âme abandonnéeA les tortillements du ver,Et qui se dit : « L’heure est sonnée :Je décroche mon revolver !Cette fois ! je me suicide :À nous deux, pistolet brutal ! »Sans que jamais il se décideÀ se lâcher le coup fatal :Cet homme a la Céphalalgie,Supplice inventé par Satan ;Pince, au feu de l’enfer rougie,Qui mord son cerveau palpitant !…
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