La Chambre
Les Névroses
LA CHAMBRE
À Charles Cros.
Ma chambre est pareille à mon âme,Comme la mort l’est au sommeil :Au fond de l’âtre, pas de flammeÀ la vitre, pas de soleil !Les murailles sont recouvertesD’un lamentable papier grisOù l’ombre des persiennes vertesMet des taches de vert-de-gris.Au-dessus de mon chevet sombrePend un Christ à l’air ingénu,Qui semble s’enfoncer dans l’ombrePour ne pas se montrer si nu.Compagnon de ma destinée,Un crâne brisé, lisse et roux,Du haut de l’humble cheminéeMe regarde avec ses deux trous.
Des rideaux lourds et très antiquesSe crispent sur le lit profond ;De longs insectes fantastiquesDansent et rampent au plafond.Quand l’heure sonne à ma pendule,Elle fait un bruit alarmant ;Chaque vibration onduleEt se prolonge étrangement.L’ange de mes amours funèbres,Porte toujours un domino,Et chaque nuit, dans les ténèbres,Va sangloter au piano.Meubles, tableaux, fleurs, livres même,Tout sent l’enfer et le poison,Et, comme un drap, l’horreur qui m’aimeEnveloppe cette prison.Triste chambre où l’ennui qui railleVeille à mes côtés nuit et jour,J’écris ces vers sur ta muraille,Et je bénis ton noir séjour ;Car le torrent aime le gouffre,Et le hibou, l’obscurité ;Car tu plais à mon cœur qui souffrePar ton affreuse identité !
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