La Dame en cire

Les Névroses

LA DAME EN CIRE

À Félicien Rops.

Je regardais tourner le mannequin,Et j’admirais sa taille, sa poitrine,Ses cheveux d’or et son minois taquin,Lorsque j’ai vu palpiter sa narineEt son cou mince à forme vipérine.— « Elle vit donc ! » me dis-je, épouvanté :Et depuis lors, à toute heure hantéPar un amour que rien ne peut occire,J’ai la peur et la curiositéDe voir entrer chez moi la dame en cire.Par tous les temps, sous un ciel africain,Et sous la nue inquiète ou chagrine,Comme un nageur que poursuit un requin,Sans pouvoir fuir je reste à sa vitrine,Et là j’entends mon cœur qui tambourine.J’ai beau me dire : « Horreur ! Insanité ! »Il est des nuits d’affreuse obscurité,— Tant je l’évoque et tant je la désire ! —Où je conçois la possibilitéDe voir entrer chez moi la dame en cire !

Telle qu’elle est, en robe de nankin,Avec ses yeux couleur d’aigue-marineEt son sourire attirant et coquin,La pivoteuse à bouche purpurineDans mon cerveau s’installe et se burineJe m’hallucine avec avidité,Et je m’enfonce, ivre d’étrangeté,Dans un brouillard que ma raison déchire,Car c’est mon rêve ardemment souhaitéDe voir entrer chez moi la dame en cire.

ENVOI

Ô toi qui m’as si souvent visité,Satan ! vieux roi de la perversité,Fais-moi la grâce, ô sulfureux Messire,Par un minuit lugubrement tinté,De voir entrer chez moi la dame en cire !

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