Le Portrait
Les Névroses
LE PORTRAIT
À Fernand Desmoulin.
Elle téta la vie au sein d’une pauvresse.Dès le maillot, elle eut l’abominable ivresseD’un lait sanguinolent et presque vénéneux.L’air froid d’un gîte infect aux murs fuligineuxGranula ses poumons en gelant sa poitrine ;À travers sa peau, mince et navrante vitrine,Sa mère put compter ses pauvres petits os.Elle a grandi pourtant : lamentables fuseaux,Ses membres rabougris et rongés par la fièvreSe durcissent avec des souplesses de chèvre,L’épaule s’élargit, le buste émaciéS’allonge sveltement sur des hanches d’acier ;Le sein s’est aiguisé jusqu’à piquer ses hardesEt sa figure verte aux lèvres si blafardesPrend la vague stupeur et l’âpre étrangetéD’une mélancolique et spectrale beauté.De son crâne fluet où grouillent les détressesJaillissent des cheveux fantastiques, sans tresses,Fouillis d’ébène, épais, tordus, fous, au refletTour à tour diapré, bleuâtre et violet,
Ayant de ces frissons inconnus à la terre,Crinière d’outre-tombe où flotte le mystère.À ses yeux par l’horreur sans cesse écarquillés,Saphirs phosphorescents, douloureux et mouillés,Qui se meurent d’ennui dans leur cercle de bistre,Ses yeux ont maintenant une splendeur sinistre !
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