Le Rossignol

Les Névroses

LE ROSSIGNOL

À Louis Ratisbonne.

Quand le soleil rit dans les coins,Quand le vent joue avec les foins,À l’époque où l’on a le moinsD’inquiétudes ;Avec Mai, le mois enchanteurQui donne à l’air bonne senteur,Il nous revient, l’oiseau chanteurDes solitudes.Il habite les endroits frais,Pleins de parfums et de secrets,Sur les lisières des forêtsEt des prairies ;Sur les bords d’un lac ombragé,Auprès d’un manoir très âgéOu d’un cimetière chargéDe rêveries.

Le doux ignorant des hiversHante les fouillis d’arbres verts,Et voit le soleil à traversL’écran des feuilles ;C’est là que tu passes tes jours,Roi des oiselets troubadours,Et que pour chanter tes amoursTu te recueilles.Tandis que l’horizon blêmit,Que la berge se raffermit,Et que sur les ajoncs frémitLa libellule ;Tandis qu’avec des vols ronfleurs,Parfois obliques et frôleurs,L’abeille rentre ivre de fleursDans sa cellule ;Lui, le bohème du printemps,Il chante la couleur du temps ;Et saules pleureurs des étangs,Vieilles églisesAyant du lierre à plus d’un mur,Toute la plaine et tout l’azurÉcoutent vibrer dans l’air purSes vocalises.

Quand il pousse dans sa langueurDes soupirs filés en longueur,C’est qu’il souffre avec tout son cœur,Toute son âme !Sa voix pleurant de chers hymensA des sons tellement humains,Que l’on dirait par les cheminsDes cris de femme !Alors elle rend tout pensifsLes petits chênes, les grands ifs ;Et mêlée aux ruisseaux furtifs,Aux bons visagesDe la vache et de la jument,Cette voix est assurémentLa plainte et le gémissementDes paysages.

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