Les Lèvres

Les Névroses

LES LÈVRES

À Octave Uzanne.

Depuis que tu m’as quitté,Je suis hanté par tes lèvres,Inoubliable beauté !Dans mes spleens et dans mes fièvres,À toute heure, je les voisAvec leurs sourires mièvres ;Et j’entends encor la voixQui s’en échappait si pureEn disant des mots grivois.Sur l’oreiller de guipureJ’évoque ton incarnat,Délicieuse coupure !Ô muqueuses de grenat,Depuis que l’autre vous baise,Je rêve d’assassinat !

Cœur jaloux que rien n’apaise,Je voudrais le poignarder :Son existence me pèse !Oh ! que n’ai-je pu garderCes lèvres qui dans les larmesSavaient encor mignarder !Aujourd’hui, je n’ai plus d’armesContre le mauvais destin,Puisque j’ai perdu leurs charmes !Quelle ivresse et quel festinQuand mes lèvres sur les siennesBuvaient l’amour clandestin !Où sont tes langueurs anciennes,Dans ce boudoir qu’embrumaitL’ombre verte des persiennes !Alors ta bouche humaitEn succions convulsivesTon amant qui se pâmait !Ô mes caresses lascivesSur ses lèvres, sur ses dentsEt jusque sur ses gencives !

Jamais las, toujours ardents,Nous avions des baisers fauvesTour à tour mous et mordants.Souviens-toi de nos alcôvesAu fond des bois, dans les prés,Sur la mousse et sur les mauves,Quand des oiseaux diaprésVolaient à la nuit tombanteDans les arbres empourprés !Mon âme est toute flambanteEn songeant à nos amours :C’est ma pensée absorbante !Et j’en souffrirai toujours :Car ces lèvres qui me raillent,Hélas ! dans tous mes séjours,Je les vois qui s’entre-bâillent !

Comentarios

Cargando comentarios…