Les Papillons
Les Névroses
LES PAPILLONS
À Luigi Loir.
Ils sortent radieux et douxDes limbes de la chrysalideEt frôlent dans les chemins rouxLes ronces, les buis et les houx.Pour voir les vieux murs pleins de trousEt que la mousse consolide,Ils sortent radieux et douxDes limbes de la chrysalide.Par eux, les buveurs de parfums,Toutes les fleurs sont respirées ;Ils vont des coudriers défuntsAux nénuphars des étangs bruns ;Et par eux, les chers importunsDes solitudes éplorées,Par eux, les buveurs de parfumsToutes les fleurs sont respirées.
Rouges, gris, noirs, jaunes et blancs,Lamés d’azur, teintés de rose,Ils rasent, gais et nonchalants,La touffe d’herbe aux bouts tremblants ;Et par les midis accablantsIls voyagent dans l’air morose,Rouges, gris, noirs, jaunes et blancs,Lamés d’azur, teintés de rose.Ils sont portés par le vent lourdAinsi que la feuille par l’onde ;Au-dessus du ruisseau qui courtLeur vol est somnolent et court.Seuls, dans le crépitement sourdDe la campagne verte et blonde,Ils sont portés par le vent lourdAinsi que la feuille par l’onde.Sur les fougères des grands présEt les genêts aux gousses noires,Sur les coquelicots pourprés,Ils frémissent tous effarés.Et l’on voit leurs tons diaprés,Éblouissants comme des moires,Sur les fougères des grands présEt les genêts aux gousses noires.
Les papillons perdent un peuDe la poussière de leurs ailesDans le bonjour et dans l’adieuQu’ils murmurent au chardon bleu ;Et, maintes fois, dans plus d’un jeuAvec leurs sœurs, les demoiselles,Les papillons perdent un peuDe la poussière de leurs ailes.Sur la côte où le lézard vertGlisse avec un frisson d’étoile,Ils s’arrêtent sous le ciel clairAu milieu d’un calice ouvert :Leurs ailes bien jointes ont l’airD’une toute petite voile,Sur la côte où le lézard vertGlisse avec un frisson d’étoile.La pâquerette ou le bluetLes prend pour des fleurs envoléesEt l’oiseau, d’un œil inquiet,Les suit sur son rameau fluet.Jolis rôdeurs au vol muet,Quand ils passent dans les vallées,La pâquerette ou le bluetLes prend pour des fleurs envolées.
Le Paon-de-jour sur le zéphyrSème des pierres précieuses ;Jais, corail, topaze et saphir ;Sur la rose il vient s’assoupir ;Sa vue arrête le soupirEt rend les prunelles joyeuses :Le Paon-de-jour sur le zéphyrSème des pierres précieuses.Soudain le Sphinx-tête-de-MortPasse et dit : « Tu seras cadavre. »On a dompté l’ennui qui mord,On est à l’abri du remord,Et libre, nonchalant et fort,On s’en va sans rien qui nous navre.Soudain le Sphinx-tête-de-MortPasse et dit : « Tu seras cadavre. »
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