Les Robes
Les Névroses
LES LUXURES
LES ROBES
À Alfred Grévin.
Ô ma pauvre sagesse, en vain tu te dérobesAu fluide rôdeur, âcre et mystérieuxQue, pour magnétiser le passant curieux,L’Inconnu féminin promène sous les robes !Les robes ! où circule et s’est insinuéeLa vie épidermique avec tous ses frissons,Et qui, sur les trottoirs comme entre les buissons,Passent avec des airs de barque et de nuée !Elles ont tout : corsage où pleurent les longs voiles,Jupe où jasent des nids de volants emperlés,Rubans papillonneurs et boutons ciselésQui luisent comme autant de petites étoiles.
Si l’une me dénonce une luxure infâme,Une autre me révèle un corps qui se défend ;Et pour mon œil subtil une robe d’enfantTrahit des ailes d’ange et des rondeurs de femme.La robe atténuant la pointe ou la courbureHallucine déjà mes prunelles de lynx,Mais je me sens troublé comme en face du SphinxDevant le bloc pieux de la robe de bure.J’aime à les rencontrer partout, vieilles et neuves,Au bas d’un escalier, au fond d’un corridor ;J’aime ces longs habits que féminise encorL’exquise austérité des vierges et des veuves.Avec cette adhérence intime de l’écorceQui calque le contour et le linéament,Le corsage échancré plaque hermétiquement,Délicieux maillot d’un admirable torse.La longue robe errant dans la lumière bleue,Froide et collante avec sa traîne de velours,Sur les tapis muets, étouffeurs des pas lourds,A l’air d’un grand serpent tout debout sur sa queue.Et par un crépuscule où le vent noir sanglote,Plus d’une, tout au fond du lointain frissonnant,Semble raser la terre ainsi qu’un revenantTragiquement drapé dans son linceul qui flotte.
J’ai souvent le désir fantastique et morose,Dans ces bals où le vice allume son coup d’œil,De voir entrer soudain une robe de deuil,Comme un brouillard d’ébène au milieu d’un ciel rose.Mais je contemplerais, à genoux et mains jointes,Ces corselets d’amour exactement remplisOù, derrière la gaze aux lumineux replis,La gorge tentatrice embusque ses deux pointes !
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