Nuit tombante

Les Névroses

NUIT TOMBANTE

À Raoul Lafagette.

Les taureaux, au parfumDe la mousse,Arpentent l’herbe rousse,Et chacunBeugle au soleil défunt ;La rafale qui glousseSe trémousseDans l’air brun.Et le ravin cruel,Sourd et chauve,A l’humidité fauveD’un tunnel ;Et comme un criminel,Le nuage se sauve,Gris et mauve,Dans le ciel.

Des saules convulsésEt difformes,Des trous, des rocs énormes,Des fossés,Des vieux chemins gercés,Des buissons multiformes,Et des ormesCrevassés,De l’eau plate qui dortDans la terre,Noire et plus solitaireQu’un remord :Un long murmure sort,Un long murmure austèreDe mystèreEt de mort.Au clapotis que fontLes viornes,Sous la voûte sans bornesEt sans fond,Tout s’éloigne et se fond ;L’ombre efface les cornesDes bœufs mornesQui s’en vont.

Et l’escargot sans bruitRampe et bave ;L’obscurité s’aggrave,Le vent fuit ;Et l’oiseau de minuitFlotte comme une épaveDans la caveDe la nuit.

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