L’Abandonnée

Paysages et paysans

La belle en larmesPleure l’abandon de ses charmesDont un volage enjôleurA cueilli la fleur.Elle sangloteAu bord de l’onde qui grelotteSous les peupliers tremblants,Pendant que son regard flotteEt se perd sous les nénufars blancs.

« Adieu ! dit-elle,Ô toi qui me fus infidèle.Je t’offre, avant de mourir,Mon dernier soupir.Je te pardonne,Aussi douce que la Madone,Je te bénis par ma mort.Le trépas que je me donne,Pour mon cœur c’est ton amour encor.

Mon souvenir tendreSait toujours te voir et t’entendreEt, par lui, rien n’est effacéDu bonheur passé.Nos doux libertinagesDans les ravins, sous les feuillages,Au long des ruisseaux tortueux,Sont encor de claires imagesRevenant aux appels de mes yeux.

Ton fruit que je porteDans mon ventre de bientôt morte,C’est toi-même, tes os, ton sang,Ô mon cher amant !Traits pour traits, il me sembleSi bien sentir qu’il te ressemble !Je ne fais donc qu’une avec toi ;Je me dis que, fondus ensemble,Tu mourras en même temps que moi. »

Puis, blême et hagarde,Elle se penche, elle regardeLe plus noir profond de l’eauQui sera son tombeau.Elle se pâme

Devant le gouffre qui la réclame,Et dit le nom, en s’y jetant,De l’homme qu’elle aimait tantQue, sans lui, son corps n’avait plus d’âme !

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