Le Grand-Père

Paysages et paysans

La fille au père Pierre, avec ses airs de sainte,A si bien surveillé son corps fallacieuxQue sa grossesse a pu mentir à tous les yeux ;Mais son heure a sonné de n’être plus enceinte.

Dans la grand’ chambre on dort comme l’eau dans les trous.Tout à coup, elle geint, crie et se désespère.On se lève, on apprend la chose. Le grand-pèreContinue à ronfler sous son baldaquin roux.

Mais le bruit à la fin l’éveille, et le voilàClamant du lit profond d’où sa maigreur s’arrache :« Pierr’, quoiq’ya ? – Pèr, ya rin ! – Si ! s’passe un’ chos’ qu’on m’cache ;Et ma p’tit’ fill’ se plaint, j’l’entends ben ! quoi qu’elle a ? »

— Elle a qu’elle va faire un champi ! — Le bonhommePrend son bâton ferré qu’il brandit en disant :« Dans not’ famill’ yaura l’déshonneur à présent !La gueus’ ! vous voyez ben tous qu’i’ faut que j’l’assomme ! »

Et, solennel, tragique, il marche d’un pas lourdJusqu’à la pâle enfant… mais, pendant qu’il tempête,Tendre, il lève et rabat le gourdin sur sa tête,Bien doux, frôleusement, d’un geste plein d’amour.

« R’commenc’ras-tu ? fait-il, ou là, comme un’ vipère,J’te coupe en deux ! j’t’écras’ la cervell’ sur ton drap ! »Elle gémit : « Jamais, grand-père ! »

Alors, le jeune frère égrillard qui ricane,Glapit : « Oh ! q’si fait ben, grand-père, a r’commenc’raPuisqu’elle est chaude comme un’ cane ! »

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