Le Solitaire

Paysages et paysans

Le vieux qui, vert encore, approchait des cent ans,Me dit : « Malgré l’soin d’mes enfantsEt les bontés d’mon voisinage,J’suis seul, ayant perdu tous ceux qui s’raient d’mon âge.

Vous ? vot’ génération ? Ça s’balanc’ ! mais d’la mienneYa plus q’moi qui rest’ dans l’pays.Ceux que j’croyais qui f’raient des anciens m’ont trahi :I’ sont morts tout jeun’ à la peine.

Chaq’ maison qui n’boug pas, ell’ ! sous l’temps qui s’écoule,M’rappelle un q’j’ai connu, laboureur ou berger,À qui j’parl’ sans répons’, que je r’gard’ sans l’toucher ;Au cimtièr’, j’les vois tous à la fois, comme un’ foule !

C’est pourquoi, quand j’y fais mon p’tit tour solitaire,Souvent, j’pense, où que j’pos’ le pied,Q’les morts sont là, tous à m’épier…

Et j’m’imagine, des instants,Qu’i m’tir’ par les jamb’ ! mécontentsQue j’les ai pas encor rejoindus sous la terre. »

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