Le Vagabond
Paysages et paysans
Tombé, le vagabond qui rampe avec effort,S’arrête et gît, agonisantDans de la boue,Et sur sa joueDe grosses larmes vont glissant ;Voilà ce qu’il marmotte avant sa triste mort :
« À jeun, des heur’, puis des heur’, pieds nus, j’ai marchéSous l’orage grondant des cieuxCouleur de suie,Et sous la pluie,Et sous l’éclair brûlant mes yeux,À travers les ajoncs, la ronce et le rocher.
Je n’peux pas plus app’ler que fair’ sign’ de ma main,Et voici que le soir étend
Son drap fantômeSus l’bois, sus l’chaume,Sus l’guéret, l’pacage et l’étang ;I’ n’ya donc plus q’la mort qui pass’ra dans mon ch’min !
Je lutt’ cont’ le trépas, tel que l’jour à sa fin.Comm’ lui, je m’sens me consumer,Tremblant, livide.Mon bissac videN’a pas de quoi me ranimer ! »— Et la nuit, dans les trous, le pauvre est mort de faim.
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