Solitude

Paysages et paysans

Les choses formant d’habitudeAu plus fauve endroit leur tableau :Les rochers, les arbres et l’eau,Manquent à cette solitude.

D’un gris fané de vieille laine,De couleur verte dénuéEt de partout continuéPar l’indéfini de la plaine,

Tel ce champ étend sa tristesse,Sans un genêt, sans un chardon,La ronce, indice d’abandon,N’étant pas même son hôtesse.

Le ciel blanc, comme un morne dôme,Tout bombé sur son terrain plat,Raye d’un éclair çà et làLa lividité de son chaume.

On dirait une espèce d’îleAu milieu d’océans caillés,Tant les quatre horizons noyésOnt un enlacement tranquille !

Le spectre ici ? Ce serait l’êtreDont on guette venir le pas,Le quelqu’un que l’on ne voit pasMais qui pourrait bien apparaître.

En ce lieu d’atmosphère lourde,Où couve un malaise orageux,Il souffle un frais marécageuxD’odeur cadavéreuse et sourde.

Pas un frisson, pas une pauseDu silence et du figement !La pleine mort, totalement,En a fait sa lugubre chose.

Mais ce qui, surtout, de la terreMonte, funèbre, avec la nuit,C’est l’effroi, la stupeur, l’ennuiDe l’éternité solitaire.

On voit à cette heure émouvante,D’aspect encor plus solennel,Ce champ et ce morceau de cielCommunier en épouvante.

L’espace devant l’œil dévideSon interminable lointainEmplissant le jour incertainDe son vague absolument vide.

Malgré l’amas de la tempêteD’un poids noir et toujours croissant,Ici, le vent même est absentComme la personne et la bête.

L’ombre vient… l’horreur est si grandeQue je quitte ce désert nu,M’y sentant presque devenuLe fantôme que j’appréhende !…

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