Elle poète ?
Fleurs de rêve
« Mais comment donc, elle poète ?Elle arrangea ces vers charmantsÀ la délicieuse épithète,Aux échos qui s’en vont mourants ;Ces vers de poésie pure,D’élan si doux, d’esprit si clair,De sons brillant comme l’éclair,D’un style à la noble tournure ?
« Elle est syrienne, dit-on,Et puisqu’elle n’est pas française,Où put-elle puiser ce tonOù l’âme s’épanche et s’apaise ?… Mais elle a dû les emprunterCes rimes vastes et sonoresQui, comme de jeunes aurores,Viennent sous sa plume éclater.
« Aurait-elle de LamartineImité les divins appas,Ou bien ouï la voix câlineQui dans son cœur parlait tout bas ?Ses chants sont enduits de tristesse,D’amour touchant, d’amour sans fiel ;Elle poète, Ô puissant ciel !D’où lui vient donc cette sagesse ?
« Et puis cette onduleuse rimeOù nagent sentiments exquisQui frôlent le beau, le sublime,Cela donc, où l’a-t-elle acquis ?Puisque nous aimons mieux le croire,Croyons qu’elle a dû consulter,Et sans jamais nous arrêterDisons : « Elle vole la gloire ».
Monsieur. . . . . parle ainsi,Vraiment, il me semble un brave hommeUn autre gentleman aussi,Avec lui répète qu’en sommeLa copie est faite assez bienD’un livre du grand Lamartine,Que la calligraphie est fine :Mais l’écriture là n’est rien.
Oh ! les doux tremblements sous l’impulsion secrèteCombien rares sont ceux qui peuvent les sentir !Or, frissonner, pleurer, plaindre, aimer et souffrirSont les qualités du poète.
Et plein de ses trésors divinsSon cœur qui contient tout le mondeSait esquisser les yeux éteints.De quelqu’ âme superbe et blonde.Son œil à tout vent prendre part,Sa lèvre veut baiser la rose,Sa main toucher à toute chose,Porter le sabre ou l’étendard.
Sans flatter la rime subtileIl la veut toujours asservir :Autant que son penser, agile,Il la trace avec un soupir ;Il écrit ses rêves rebelles,Tout ce qu’il voit, tout ce qu’il sent,Et répand ses larmes souventSur les feuilles blanches si belles.
Qu’a-t-il besoin des vains flatteurs ?Sa joie est toute personnelle :Qu’on veuille approuver mes labeursOu qu’on dise : ce n’est pas d’elle,J’élancerai les ailes d’orDe ma Muse jeune et timide :Dans le sein de l’azur limpideJe fixerai son doux essort.
Quand d’autres Muses lui sourientElle partage leur frisson,Les notes de son luth varientDevant le si vaste horizon :Tantôt c’est le printemps qui passeGrondant son hymne triomphal,Tantôt c’est un chant automnalTraînant d’échos que rien ne lasse…
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